Sur le quai…

Sur le quai de la gare, j’observe. Ces gens qui arrivent bien en avance pour être sûrs de trouver leur train, de poser leur valise, de faire un gros câlin aux amis chers. Ces gens qui arrivent en courant, le cheveu en bataille et le souffle court, qui saisissent le train à l’arrache. Et ces habitués qui ne prennent même plus la peine de réfléchir au numéro du quai ou à leur place dans le train – elle les attend. Certains ont raté leur train ; ils ont pris le suivant. Pour d’autres, le chemin a été semé d’embûches : la voiture qui ne démarre pas, les grèves des contrôleurs ou des conducteurs, les bagages oubliés… Certains ont même dû faire un long détour par avion avant de pouvoir accéder au train.

La plupart de ces gens sont néanmoins arrivés à destination.

Cela fait 5 ans que j’attends ainsi, avec mes bagages et mon billet de train invalide… Mes bagages pèsent lourd, de plus en plus lourd. Et j’ai beau chercher le problème avec mon billet de train, lorsque je le composte, le message « erreur » apparaît invariablement. Ce n’est pourtant pas faute d’en avoir commandé à chaque fois un nouveau… Au départ, j’avais une idée bien précise de la destination. Maintenant, il faut bien le dire, je n’en ai plus rien à faire. Paris ou Marseille ? Lyon ou Saint-Etienne ? Rennes ou Nantes ? Je m’en fiche, je veux juste partir et surtout arriver à terme…

Un jour, il y a presque 3 ans, je suis montée dans le train. J’avais mes bagages et un billet à destination de Viedefamille. Le train est tombé en panne quelques kilomètres plus loin. Il n’a jamais redémarré.

Depuis, j’attends et je regarde les autres avancer quand moi je stagne depuis bien trop longtemps.

 

voie ferree

 

Publicités

Le « bel » été.

Lorsque j’ai revu la gynécologue de PMA, j’ai compris qu’il ne fallait plus trop avoir d’espoirs, la prise de pilule étant la cerise sur le gâteau. J’ai calé l’IRM : le 1er août, et le rendez-vous pour faire le point : le 22 août. Entre les deux, nous partirons deux semaines en vacances dans les Alpes et essaierons de couper nos pensées… Y arriverons-nous seulement ?

J’ai vu un gynécologue pour le suivi gynécologique annuel. Je ne le connaissais pas mais il a pris la peine de noter tout mon parcours et de me conseiller en conséquence. Etant donné mon âge (37 ans) et le nombre de stimulations de FIV subies (4), il m’a prescrit une échographie mammaire ainsi qu’une mammographie. Il m’a dit qu’il ne vérifiait pas mes seins puisqu’une machine s’en chargerait une semaine plus tard. Soulagée de n’avoir qu’un petit délai d’attente, j’ai acquiescé. J’ai déchanté le lendemain quand j’ai entendu que le premier rendez-vous proposé par la secrétaire était pour un mois et demi plus tard…

Depuis, je stresse.

Au moins, le frottis a été fait (le dernier datait de deux ans, donc parfaitement dans les clous). Et le gynécologue m’a dit que, sauf problème entre-temps, je pouvais très bien ne revenir que dans deux ans, comme le veut la recommandation actuelle. Il a dicté un courrier à mon médecin traitant, parlant notamment de ma tristesse liée au parcours de PMA et des examens qu’il me prescrivait.

Je suis allée chez le dermatologue faire vérifier mes grains de beauté, il n’a trouvé aucune anomalie ou étrangeté. Ouf. Mon oncle est décédé d’un cancer de la peau, c’est pourquoi je dois faire contrôler régulièrement mes grains de beauté.

Il ne manque plus qu’un rendez-vous chez le dentiste pour parfaire ma tournée médicale estivale…

nintendo-pikachu-pokemon

#viedemerde !

Aujourd’hui, mon cousin – éternel toxicomane et dont j’ai des nouvelles tous les tremblements de terre – m’a écrit pour m’annoncer que sa copine est enceinte.

#vdm

PS : j’ai vérifié, le site viedemerde existe toujours.

PS 2 : je devrais peut-être leur soumettre ma VDM.

PS 3 : avec des tags explicites, #1couplesur6 #infertile #endogirl #enpmadepuistroplongtemps

Mayotte

De Mayotte, je ne connaissais que les récents événements qui s’étaient frayé un chemin au milieu des informations métropolitaines : les grèves et les blocages de l’île pour dénoncer l’insécurité. J’étais cependant parvenue à visionner quelques documentaires positifs sur l’île en forme d’Hippocampe avant de partir.

Ce qui frappe dès la descente d’avion à Petite-Terre, c’est la chaleur, étouffante, et la terre, rouge. Les routes remplies d’ornières, le taxi proche d’un taxi-brousse, la barge pour rejoindre Grande-Terre. Les noms des villes et villages : Pamandzi, Mamoudzou, Bouéni ou encore M’Tsangamouji. Ces femmes et ces hommes au dialecte étranger, aux vêtements colorés, aux enfants nombreux. La moyenne d’âge sur l’île est de 17 ans.

On peine à croire que Mayotte est bien un département français tant le manque de moyens est criant. S’il y a l’eau potable et l’électricité, il n’est cependant pas rare de croiser des femmes laver le linge dans la rivière. Des marchés sauvages envahissent les bords des routes, on y trouve des fruits et des légumes. Le poisson est vendu le soir directement au retour de la pêche sur la petite place du village. Les voitures sont bien souvent dans un état lamentable, notamment en raison du mauvais entretien de la voirie. Et quand elles ne peuvent plus rouler, elles sont abandonnées le long des routes… Certaines plages sont sales et certains lieux ne peuvent s’offrir au touriste qu’avec un guide local en raison de la pauvreté des habitants de l’île qui, parfois, les pousse à voler.

L’accueil des touristes est peu développé, il n’existe qu’une poignée d’hôtels, très peu de restaurants et de boutiques. Seules quelques prestations sont proposées : plongée, balade en mer, ULM.

Les paysages sont époustouflants, l’eau du lagon est pure et est un refuge pour les tortues. En nageant jusqu’au tombant, on découvre à travers le masque mille poissons aux couleurs exotiques. Les dauphins accompagnent les petites embarcations de touristes et de pêcheurs. Les îlots de sable blanc sont une pure merveille. La forêt primaire est un havre de paix. Les mahorais sont accueillants et toujours prêts à renseigner le touriste égaré, les panneaux-indicateurs faisant clairement défaut ! La faune est très présente : outre les tortues et les dauphins, les makis sont facilement observables ainsi que les roussettes – de grandes chauves-souris diurnes.

Je suis déjà allée deux fois à la Réunion et j’en avais été enchantée. Je suis revenue de Mayotte conquise par la simplicité de la vie et la beauté de la nature, et avec une grande envie d’y retourner.

L’infirmière de santé au travail (2)

Tout comme le psychologue du personnel, j’ai revu l’infirmière de santé au travail – qui m’avait reçue il y a deux ans – de manière tout-à-fait fortuite, c’est-à-dire en formation (je vais arrêter les formations au sein de l’hôpital je crois !). Mon absence chronique de reconnaissance des visages m’a – comme trop souvent – empêchée de voir à côté de qui je m’asseyais… Par recoupement, j’ai fini par mettre un nom sur son visage et, visiblement, elle aussi.

Au détour d’une pause, elle en a profité pour me demander des « nouvelles » (oui, avec les guillemets et en italique, genre c’est un petit secret entre nous). J’ai donc répondu succinctement – puisque manifestement elle n’avait pas remarqué qu’à aucun moment je n’avais pris part aux discussions concernant la progéniture (bizarrement, c’est un sujet de conversation TRÈS envahissant quand les gens ne se connaissent pas ou peu) – que nous avions désormais fait trois inséminations et quatre FIV et que j’avais toujours de l’endométriose. ET là, j’ai bien senti que j’avais dit le mot qu’il ne fallait pas !

Emballée, elle m’a aussitôt parlé de cette actrice qui avait accouché récemment après s’être battue pendant une décennie contre l’endométriose ! Avec ce gros sous-entendu à peine dissimulé : « ÇA  MARCHE ! » Elle m’a dit avoir été émue du reportage, qu’à ma place elle irait à Rouen pour avoir un avis et pourquoi pas me faire opérer – pour que ça marche. Je lui ai rappelé que ça ne fonctionnait pas toujours, malgré les efforts fournis, qu’ils soient conjugaux et/ou médicaux. Elle a eu l’air dubitative. « Mais quand même, ils ne savent pas pourquoi ça ne fonctionne pas ? » Je lui ai redit que l’endométriose est une maladie complexe, qui joue sur plein de tableaux mais pas forcément tous en fonction des femmes et que, oui, cette maladie peut aller jusqu’à empêcher définitivement toute grossesse.

Elle s’est alors souvenue qu’elle avait un couple d’amis qui n’avaient jamais pu avoir d’enfant(s). Ces amis avaient toujours plein de projets à lui proposer mais n’étaient souvent pas compatibles avec quatre enfants. Elle a ajouté que la vie était mal faite quand on y pense ; elle, elle ne voulait pas de quatrième enfant… J’ai simplement conclu qu’effectivement, c’était injuste, et je suis retournée à ma prise de notes.

dyn005_original_340_283_gif_2644232_9be47f163571d7927caea47f0f29c5e4

Le surplace

Nous sommes retournés au centre de PMA pour faire le point entre FIV3 bis et FIV4. Pour commencer et pour situer, la gynécologue m’a demandé comment j’allais, ce qui m’a immédiatement fait monter les larmes aux yeux, et je suis restée dans cet état toute la consultation, à lutter contre l’effondrement.

Nous avons parlé de notre orientation dans ce centre l’année dernière pour un don d’ovocytes, et qu’elle imaginait bien qu’il avait dû être difficile pour moi, pour nous, de nous être préparés au don d’ovocytes pour qu’au final, on nous propose une FIV classique.

Nous avons également parlé de l’endométriose qui m’épuise, des règles hémorragiques,  des douleurs continuelles.

Les propositions de la gynécologue en lien avec cette souffrance et cette fatigue sont donc les suivantes :

 – prendre la pilule en continu pour mettre mes ovaires et donc mon corps au repos,
 – refaire une IRM avec éventuellement une cœlioscopie ensuite,
 – refaire les dosages hormonaux classiques (dont l’AMH) à J3,
 – FIV 4 prévue fin 2018 – début 2019,
 – si échec de FIV4, don d’ovocytes.

Pour elle, il est important d’aller au bout du parcours, pour ne rien regretter… Elle m’a dit aussi d’essayer de ne pas me mettre trop de pression, de considérer que ça peut échouer plutôt que d’y croire à tout prix (en vérité, c’est déjà ce que je fais depuis longtemps, pour me protéger… même si ça ne fonctionne qu’à moitié). En gros, considérer que c’est une chance plutôt qu’une solution.

Elle nous a aussi demandé notre positionnement vis à vis de l’adoption et a quand même largement sous-entendu que nous devrions peut-être reprendre les démarches…

Je suis rentrée de ce rendez-vous très mitigée, à la fois contente d’avoir été entendue mais aussi très triste à l’idée de reprendre la pilule pour plusieurs mois. Ce coup-ci, c’est sûr, on fait une croix sur la possibilité d’avoir un enfant naturellement. Et je crois que c’est ce qui me fait le plus mal. Même si je sais bien que les chances sont infimes…

La plaie béante

La cicatrice vue de l’extérieur est invisible mais la douleur intérieure, elle, est omniprésente. Le gouffre est sans fond et les parois sont glissantes ; il est impossible de s’accrocher à quoi que ce soit pour échapper à la chute. Il pourrait s’agir d’un cauchemar, d’un long trou noir, d’un hurlement silencieux, de cœurs qui battent tellement forts qu’ils pourraient se briser. Un réveil en sueur, la main qui glisse le long du corps pour vérifier que tout est en place, que le corps est toujours en vie. Oui, la vie est plus forte pour l’instant mais à quel prix… Toutes ces souffrances ont-elles un sens ?

Nous avons passé quelques jours avec des amis qui ont une jolie petite fille et attendent un petit garçon. C’est mignon de les écouter se projeter. Il faudrait vendre les vêtements de l’aînée pour faire de la place pour ceux du deuxième, et puis acheter quelques meubles, un peu de décoration, peut-être même mettre un coup de peinture dans la future chambre du bébé. Toutes ces petites projections auxquelles je n’ai pas droit… auxquelles j’ai depuis longtemps refusé de m’abandonner.

Et pourtant, parfois, au détour d’une conversation ou d’une lecture, mon esprit s’échappe pour quelques minutes et réfléchit à un prénom ou à l’aménagement de la chambre d’amis. Mon cœur s’emballe devant de petites tenues rayées (j’adore les rayures), une petite couverture toute mignonne, une peluche craquante. Mais inlassablement, je referme le couvercle de la boîte de Pandore. A quoi bon se faire du mal ? Je m’interdis toute projection, tout rêve de plus de deux minutes.

J’apprends à ignorer ces choses normales : imaginer le bébé parfait, une vie à trois, penser à un ventre qui s’arrondit. Imaginer le sourire de son enfant, les yeux dans les yeux. Partager des jeux, voir son enfant grandir, en être fier… J’en rêve mais la réalité se charge de me rattraper et de m’envoyer sans cesse des signaux d’alerte. Le corps mis à mal par les traitements, l’endométriose, les règles qui terrassent, les maux de dos, les insomnies. Comment espérer avoir un enfant après cinq ans d’essais et surtout avec un corps aussi mal fichu ?