FIV 3 bis : négatif.

J’ai la haine.

J’ai la haine autant que j’ai mal. C’est trop d’injustice. Pourquoi je ne peux pas avoir ce cadeau avant Noël ? Encore une fois. Cinquième Noël d’infertile à venir. Je n’en peux plus. Je déteste tout le monde. Je ne veux pas entendre les éternelles phrases rassurantes, « ça finira bien par marcher », « y a pas de raison », « faut y croire, baisse pas les bras ». Je n’ai pas besoin de ça. J’ai mal comme à chaque fois. J’ai mal à en crever. Mal à me jeter sous un train, à sauter d’un pont, à appuyer sur l’accélérateur et à laisser la voiture s’encastrer dans un arbre.

J’ai les yeux rouges, explosés, brûlants des larmes qui ne cessent de couler. Et cette question, pourquoi ? Pourquoi moi, pourquoi nous ? C’est terrible parce qu’il n’y a pas de réponse, ni de réelle solution. S’en remettre au hasard. A la chance. A Dieu.

Parfois j’en viens à penser que les choses doivent être ainsi, qu’il est inutile de s’acharner et que je devrais accepter. C’est au-dessus de mes forces. J’ai déjà accepté beaucoup, j’étais même devenue prête pour un don d’ovocytes. Je me rends compte que, don d’ovocytes ou pas, ça n’a pas l’air de vouloir tenir. Utérus hostile. Endométriose de merde.

Je rêvais d’un miracle de Noël, d’un secret niché au creux du ventre, dont seuls mon mari et moi connaîtraient la valeur. Il n’y aura rien de tout ça, il faudra faire semblant de se réjouir devant la famille en ouvrant les cadeaux.

Mon cadeau s’est envolé avec les règles. Embrylex, je t’en veux même pas, tu n’étais peut-être pas assez costaud, tu n’as peut-être pas trouvé de petit coin douillet où t’installer et évoluer. J’en veux à mon corps.

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Je suis retournée au travail, avec une boule au ventre énorme comme ça (geste en écartant les mains exagérément, à la marseillaise), reprendre mes affaires et dire au revoir. Ça a été dur, douloureux mais heureusement, de gentilles collègues étaient présentes ce jour. Je n’aurai tenu que quatre mois de travail effectif, je culpabilise de ne pas être parvenue à rester forte.

J’en ai profité pour régler quelques problèmes de paperasse avec le chef et nous avons posé les congés restants. Je ne reprendrai le travail dans le nouveau service qu’à la rentrée de janvier !

Je ne sais pas si le burn out est derrière moi, une chose est sûre, je suis soulagée de reprendre le travail dans quelques semaines, ailleurs. Nouveau trajet, nouveaux locaux, nouvelle équipe, nouveaux enfants mais plus d’adolescents !

Surprenante FIV 3 bis

Une FIV 3 bis c’est dans la réalité une FIV 4, j’entends par là, une quatrième grosse stimulation pour faire grossir les follicules, obtenir des ovocytes, former des embryons, etc. Même si cette FIV 3 bis se déroule dans un nouveau centre (le troisième en bientôt quatre ans), il n’y a à vrai dire guère de nouveautés concernant le protocole en lui-même.

Au niveau de la prise en charge, j’ai été agréablement surprise (et pourtant, c’est l’hôpital public, ce lieu bourré de fonctionnaires, si souvent décrié, et actuellement victime de coupes franches tant dans l’effectif que dans les dotations financières). Par l’humanité des personnes rencontrées. Par l’organisation aux petits oignons. Par les petites attentions.

La veille de la ponction, on reçoit un appel pour savoir si l’injection d’Ovitrelle s’est bien déroulée, à quelle heure elle a été faite et par qui. La sage-femme en profite pour rappeler les consignes à respecter pour la ponction (préparatifs personnels, horaires, déroulement).

Le jour de la ponction, une infirmière est restée près de moi et m’a caressé la joue tout en me parlant tout doucement jusqu’à ce que je m’endorme. Je n’ai aucun souvenir de sa tête (forcément, je n’avais pas mes lunettes !) mais je garde en mémoire sa gentillesse. Quand je suis retournée dans ma chambre, une infirmière est venue prendre mes constantes toutes les 45 minutes et évaluer la douleur ressentie. Une sage-femme est également passée me voir ainsi que le médecin ayant réalisé la ponction.

Le lendemain de la ponction, une sage-femme m’a rappelée pour me poser quelques questions suite à la ponction (douleurs, fatigue, appétit, etc.). Elle s’excusait au téléphone de me déranger pour ça mais moi, j’ai trouvé ça super de pouvoir lui parler des douleurs au ventre et aux ovaires et de me sentir soutenue et rassurée.

Pour en revenir à la stimulation, tout s’est bien déroulé jusqu’à cet appel de la sage-femme me demandant de diminuer le dosage de Fertistart (de 300 UI à 225 UI). Problème, je n’avais que des flacons de 150 UI et le médecin voulait que j’en aie de 75 UI. Solution, selon le médecin : appeler toutes les pharmacies du coin pour trouver du Fertistart en 75 UI. Ce que j’ai fait, passant vraisemblablement pour une junkie à chaque fois. Impossible de trouver le produit en disponibilité immédiate (uniquement sur commande pour le lendemain) ! Stressée (et blasée, les imprévus en PMA sont tellement courants…), j’ai rappelé afin de négocier pour mon traitement. Après de longues hésitations et tergiversations, j’ai eu le droit de faire une demi-ampoule de Fertistart plus une ampoule complète. Pour le coup, j’ai par contre dû les faire en deux injections (et on fait comment quand on n’a plus de place sur le ventre ?!). Heureusement, tout est une fois de plus bien qui finit bien.

Et si on parlait chiffres à présent ? Il était entendu que les embryons seraient poussés au stade blastocyste, qu’on m’en transférerait un et qu’on congèlerait les autres, ce qui m’avait doucement fait rire, vus nos antécédents. Lors de la ponction, 9 ovocytes ont été prélevés et le médecin était enthousiaste. Deux jours plus tard, la biologiste m’a appelée et, satisfaite, m’a dit que sur les 9 ovocytes, 8 étaient matures et avaient été mis en fécondation. Et à ce jour il y avait toujours 8 embryons. 8 embryons ! Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander s’ils étaient beaux et s’il y avait une chance… Je n’ai pas terminé ma phrase, elle m’a simplement expliqué avec douceur qu’il était impossible de prévoir l’évolution durant les prochains jours. Elle m’a confirmé le jour et l’horaire du transfert et m’a dit que si elle ne m’appelait pas le matin même avant 10h, c’est que le transfert était bien maintenu. Vous imaginez donc sans peine la mauvaise matinée que j’ai passée, 5 jours après la ponction. J’ai surveillé mon téléphone comme du lait sur le feu, je ne l’ai presque pas quitté des yeux, j’ai vérifié à de nombreuses reprises s’il fonctionnait bien ! J’ai compté les heures, les minutes, les secondes. A 10h10, je me suis autorisée quelques larmes de soulagement – même si j’avais un peu peur qu’on nous ait oubliés et que les médecins s’en rendent compte une fois que nous serions sur place…

En début d’après-midi, ce jour-là, le transfert a bien eu lieu, réalisé par une gynécologue toute douce, toute gentille. Ce jour-là, nous avons su qu’il y avait 2 blastocystes, 2 beaux blastocystes. La gynécologue s’est montrée émue devant notre stupéfaction et notre joie, et a transféré blastocyste premier. J’ai eu une grosse pensée pour la gynécologue de Paris, qui m’avait adressée à ce centre pour un don d’ovocytes car « on n’obtiendra jamais rien de bon avec vos ovocytes »… Je ne sais pas si j’aurai un enfant au bout du compte, mais je sais désormais que mes ovocytes ne sont pas totalement des incapables et ça me fait chaud au cœur.

Cela faisait 13 mois que nous n’avions pas eu de transfert d’embryon et nous sommes tellement optimistes que nous lui avons même donné un surnom ! J’avais proposé deux choix à mon mari, Embrylex (pour la référence claire et assumée à Pokemon) et Bryan (parce que c’est un embryan, ne me remerciez pas pour le jeu de mot de pourri). Il a choisi Embrylex.

embrylex
T’as déjà une tête de sale gosse, Embrylex, mais on t’aime comme ça…

La psychologue de PMA

Qui dit nouveau centre, dit nouvelle psychologue.

J’avais envie de voir sa tête, surtout que je savais que si nous devions aller en don d’ovocytes un jour, nous devrions la rencontrer.

C’était un lundi midi et j’ai encore tout déballé : la PMA de merde, le travail de merde, la famille de merde (enfin, une partie de la famille), l’endométriose de merde. J’ai encore pleuré, ayant du mal à trouver du positif à tout ça.

Je lui ai présenté mon parcours en PMA, ces années qui s’écoulent sans que le succès soit au rendez-vous. Les amis qui avancent pendant que je stagne. Le temps qui marque le visage et les traitement qui abîment le corps. Je lui ai parlé du suivi auprès de la psychologue du premier centre, que j’avais arrêté au bout d’un an car j’avais l’impression de toujours répéter la même chose. Et je pleurais à chaque fois et ça me bousillait ma journée à chaque fois.

Je lui ai parlé des fêtes de fin d’année qui approchaient, du Noël avec ma famille auquel je n’avais pas envie d’aller. Elle m’a dit qu’il fallait parfois prendre de la distance plutôt que de s’infliger quelque chose de trop douloureux (fuir, donc ! Comme dirait le psychologue du personnel !).

J’ai abordé tout le cheminement de cet été à propos du don d’ovocytes, la douleur de se confronter à ses limites, la lourdeur du deuil de ses gamètes quand on ne s’y attend pas véritablement, la stupéfaction devant le retournement de situation en changeant de centre.

J’ai un peu évoqué le travail, elle a convenu que la charge était trop lourde, surtout cumulée à la PMA.

Nous n’avons pas posé de deuxième rendez-vous pour l’instant car le centre se trouvant à 80 km, j’essaierai de la revoir en même temps qu’un prochain rendez-vous auprès d’un médecin. Elle m’a dit qu’on se reverrait de toute façon si nous devions avoir recours au don d’ovocytes…

Le psychologue du personnel

Une fois le diagnostic de mon médecin traitant posé, burn out, j’ai décidé de passer à l’action et de prendre rendez-vous avec le médecin du travail. Comme il y avait un peu d’attente, la secrétaire m’a proposé de rencontrer également le psychologue du personnel. Ce que j’ai donc fait.

Le psychologue du personnel, je ne l’avais encore jamais vu auparavant. Il m’est apparu sympathique, franc, direct, soixante huitard sur les bords (oui, j’aime ranger les gens dans des petites cases).

Nous avons essentiellement parlé de mon travail actuel, de mon changement de service que je regrettais amèrement, des adolescents qui me font peur, de la place que je ne trouve pas dans cette nouvelle équipe. Du fonctionnement, anarchique. De la violence, tous les jours. De mon cerveau qui ressasse, inlassablement. Puis de mes études, de ce tournant que je n’ai pas pris, de ces couilles que je n’ai pas eues. Avant de faire la formation d’éducateur spécialisé, j’étais en Maîtrise de Psychologie (maintenant ça s’appelle Master 1) et j’avais été prise en DESS à Paris (Master 2 donc), mais habitant en Province, j’avais pris peur. Peur de partir, peur de la capitale, peur de ne pas trouver de stage dans le délai imparti (je n’avais que quelques jours). Bref, j’avais pris mes jambes à mon cou. Courage, fuyons.

Le psychologue du travail m’a dit qu’il faudrait envisager un changement de poste, qu’il en parlerait avec le médecin du travail, mais surtout qu’il fallait que je « travaille sur mes peurs ». Cette petite phrase m’a fait sourire intérieurement, je me suis dit : « c’est bien une phrase de psy, tiens ! »….

Travailler sur mes peurs, mais comment ? Il ne fait même pas de suivi ce psy… Et il m’a aussi dit que si je changeais de poste, ça serait encore une fois fuir ce qui me fait peur… Mais, fuir, c’est parfois la seule défense possible, c’est parfois une question de survie !

Je suis sortie de ce rendez-vous mi-figue mi-raisin déprimée et les joues encore inondées de larmes. Ou comment Décapeptyl et burn out font mauvais ménage…

Des lectures concernant le don de gamètes — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Dans le cadre du mois de sensibilisation sur le don de gamètes, nous vous rappelons quelques lectures pour les grands et les petits : TEMOIGNAGES « Né de spermatozoïde inconnu… » 10 février 2010 de Arthur Kermalvezen,‎ Blandine de Dinechin,‎ Serge Tisseron (Préface) « Mes origines : Une affaire d’état » – 7 mai 2014 de Audrey Kermalvezen,‎ Israel […]

via Des lectures concernant le don de gamètes — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

FIV 3 bis

Dans la salle d’attente avant de rencontrer la sage-femme, un couple s’installe. Elle, banale. Lui, sent fort la cigarette et l’alcool de bon matin (il est 9h)… Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’avant la PMA, ce couple a certainement déjà un autre combat à mener… #critiquefacile

Je vois la sage-femme après avoir fait la prise de sang juste à temps pour qu’elle soit analysée dans la journée. La sage-femme sont deux en fait, car l’habituelle forme une nouvelle. Moi, je débarque dans ce centre, je ne connais ni l’une ni l’autre mais ce qui est sûr, c’est que je connais mon corps, mon parcours, la PMA de merde (rayez la mention inutile, s’il y en a une !)… Les deux sages-femmes ne m’apprennent donc rien, me présentent le déroulement d’une FIV, qui appelle quand (bon ça, à la limite, c’est bien utile !), me montrent comment préparer une injection de Fertistart et me demandent si j’ai bien tout compris. #prenezmoipourunedébutante

Ai-je des questions, suite à toutes ces explications ? Bien entendu, je demande si j’ai une échographie aujourd’hui mais la réponse me déçoit : « non, aujourd’hui c’était juste prise de sang, administratif et explications de la FIV ». J’insiste lourdement : « mais quand même, j’avais un putain de kyste depuis 3 ans et il devait disparaître miraculeusement, on ne peut pas regarder aujourd’hui ? » Les sages-femmes sont formelles, les résultats de la prise de sang suffiront à savoir s’il est possible de lancer la FIV le soir-même ou non. #baissepastaculotte

Un peu déçue de ne toujours pas savoir si Docteur Solution a vu juste pour mon kyste et qu’il s’est fait la malle rien qu’avec un petit Déca, je me rends au rendez-vous auprès de l’anesthésiste. Bien sûr, je n’ai pas fait les étiquettes alors que là il le fallait et je n’ai pas le temps de remplir le questionnaire que l’anesthésiste est déjà là. Elle m’explique débuter sur l’ordinateur et avec ce logiciel et qu’il faudra certainement que je sois un peu patiente (ah ah, ça va, je gère). Si elle ne maîtrise pas bien l’informatique, en revanche la PMA elle connaît très très très bien. Alors que je suis en train de tenter par tous les moyens de contenir mes larmes (j’avais pas prévu qu’on parle de PMA, juste d’anesthésie générale), elle me dit qu’après 10 ans (10 ans !!!!!) d’infertilité, elle a eu des triplés (des TRIPLES !!!!!) et qu’il faut que je garde espoir. Je lui ai répondu que 4 ans 1/2, je trouvais ça déjà beaucoup, mais elle m’a redit gentiment « au bout de 10 ans pour moi »… #larmesdecrocodile

Dans l’après-midi, le téléphone a sonné, c’était la sage-femme : « votre prise de sang est bonne, vous commencez la stimulation ce soir avec 300 UI de Fertistart et vous viendrez pour un contrôle dans 8 jours. Est-ce que vous avez tout bien compris ? » #blaséerodée