Le suicide

Le meilleur ami de mon frère s’est suicidé. Je le connaissais un peu. C’était le témoin de mariage de mon frère lorsqu’il a épousé ma belle-sœur. C’était le parrain de leur premier enfant. Nous avions passé une ou deux soirées ensemble, nous étions allés voir des matchs de football. Il avait discuté de course à pied avec mon mari. Il était souriant, sympathique, avenant.

Apprendre son suicide m’a sidérée. Un coup de poignard dans le ventre. J’ai pleuré longuement, silencieusement. J’ai pensé à ce qu’il avait pu ressentir dans les derniers instants, combien il faut avoir perdu absolument tout espoir pour se supprimer, mettre fin à la souffrance. Combien il a pu se sentir seul, sans pouvoir se tourner vers sa famille ou ses amis.

Il avait des enfants. Qu’est-ce qu’on dit à des enfants dont le père s’est suicidé ?

DNLP

Les blogueurs.ses en PMA connaissent souvent bien ce sigle. DNLP pour Dame Nature La Pute. Anabelle avait même nommé son blog ainsi.

Hier, un camion devant moi à l’arrêt. La plaque d’immatriculation : DN-xxx-LP. Et cette inscription : négoce de bétail.

J’ai buggé.

C’est sacrément ironique, non ?

Inconfort

À chaque fois, c’est la même chose. Je suis incrédule. Médusée. Le ciel me tombe sur la tête à chaque nouvelle annonce. Chaque nouvelle mesure. Et pourtant, on en entend parler à l’avance, il y a des fuites et de fortes présomptions. Mais pour moi ce ne sont que des hypothèses. Et quand elles deviennent vérité, je n’en reviens pas. Je résiste. Je n’y crois pas. Il faut que je m’habitue. Il faut que je refasse entièrement mon script intérieur. Là en l’occurrence, que je raye les week-end. Enfin surtout le vélo. Et les matchs de hockey 😭😭😭

Et tout ce à quoi je refuse de réfléchir présentement.

J’ai une énorme boule au ventre aujourd’hui, l’impression d’enterrer quelque chose sans trop savoir quoi. Pourtant c’est simple, tout s’arrête sauf le travail (quelle ironie hein, comme si la vie c’était travailler…). Mais l’incertitude demeure. Le travail, oui, mais dans quelles conditions ? Et pour combien de temps ? C’était plus clair en mars, parce que ma structure avait été fermée et que j’avais su rapidement que j’irais dans une autre pour garantir un lien téléphonique régulier avec les familles des enfants. Mais là, c’est flou. Notamment parce que je suis en vacances. Et parce que même la durée du confinement est floue.

J’ai l’impression qu’il n’y aura plus de retour en arrière et c’est angoissant. Pas qu’il n’y ait rien à modifier dans nos vies, dans nos sociétés d’occidentaux. Au contraire. Mais pas comme ça. Pas à cause d’une pandémie. Cela aurait dû être le fait d’une réflexion commune. Là, ça va changer durablement et la seule certitude, c’est que cela ne sera pas fait de façon à sauver la vie sur terre parce que l’argent est roi. L’argent gouverne tout et pervertit tout. Et on continuera à faire mourir les commerces « non essentiels », de proximité au profit des centres commerciaux et des géants d’internet… Et on continuera à réduire les effectifs, les budgets, les moyens de l’hôpital public. Les plus aisés iront dans le privé et les autres……..

Du vélo et des pensées

Je pédalais tranquillement, profitant de cette jolie journée ensoleillée, quand je me suis mise à dérouler mes pensées (c’est souvent plus fatigant que de faire du vélo). J’avais hésité à prendre les petits chemins à travers champs, craignant qu’ils ne soient trop boueux. Il avait énormément plu ces dernières semaines et j’avais peur de m’embourber (déjà que mon vieux VTC déraille minimum une fois par mois…).

J’ai emprunté un premier chemin, pour tester, me disant que je ferais demi-tour si cela s’avérait trop galère. J’ai rapidement été très surprise de constater à quel point la terre était sèche. Les crevasses étaient déjà de retour (avaient-elles seulement disparu ?) et même au fond des plus profondes ornières, il n’y avait qu’un peu d’humidité. Cela m’a inquiétée. Les dernières pluies, bien qu’intenses et démoralisantes, sont insuffisantes pour combler des mois et des mois de sécheresse.

Un troupeau de vache m’a regardée passer et j’ai pensé ironiquement : « ma future viande ». Je mange en réalité de moins en moins de viande – j’ai notamment demandé un régime végétarien au travail. Mais c’est une réalité, ces vaches sont élevées pour être mangées. Et quand on sait qu’au niveau mondial, on consomme de plus en plus de viande et qu’une SEULE vache peut boire jusqu’à 100 litres d’eau par jour en été, il y a de quoi s’inquiéter. 100 litres d’eau (et même si ce n’est que 80 litres par exemple) par jour par vache en été, c’est énorme. Insoutenable. Suicidaire.

Et j’ai pensé aux enfants que j’aurais voulu avoir… aurait-ce été raisonnable ? Quand on sait qu’ils seront fort vraisemblablement confrontés à des pénuries d’eau, d’alimentation, d’énergie…?? Ce qui, forcément, entraînera de nouvelles guerres, de nouveaux déchirements ? Comment pourrons-nous leur justifier nos choix ? Pourront-ils comprendre que nous avons préféré surconsommer de l’inutile plutôt que préserver les ressources ?

S’engager (mais pas dans l’armée 😳)

Cela fait maintenant un an que je travaille à 80% et donc que je me rends au travail 4 jours par semaine. Jamais je n’ai regretté ma décision et il m’arrive même parfois de rêver à diminuer encore mon temps de travail…

Cela fait également un an que je fais partie d’une épicerie coopérative. La réduction du temps de travail, c’était notamment pour m’engager dans cette drôle d’aventure d’un supermarché appartenant à ses « clients ». Le principe de base : donner 3h de son temps par mois pour pouvoir faire ses courses. La marge de l’épicerie est unique, pas comme dans les grandes surfaces qui, selon les produits, se permettent des marges faramineuses. La majorité des produits sont locaux et/ou bios, et en tout cas choisis par l’ensemble des coopérateurs. Et chacun s’investit au sein de l’épicerie, soit lors des créneaux d’ouverture du magasin, soit dans des groupes de travail (commandes, livraisons, communication, comptabilité, etc.), les deux étant cumulables. Je m’en tiens pour ma part au magasin, j’ai d’abord été formée au vrac (fruits, légumes et épicerie sèche à peser et inscrire sur une petite note) puis à la tenue de la caisse et clairement, j’adore ce poste ! Il faut dire que les clients sont tous très sympas et ne râlent jamais, pas comme dans un magasin classique. C’est vraiment agréable.

Il y a quelques mois, j’avais dit à mon mari que j’aimerais m’investir dans ma petite commune mais que je ne savais pas comment me manifester. Lors de la cérémonie des vœux annuels, le Maire m’a demandé tout en me saluant si je souhaitais faire partie de la liste pour les municipales. J’ai tout de suite accepté ! L’avantage d’un petit village sans (trop d’) histoires, c’est d’être 11 à se présenter pour 11 places et de n’avoir aucune étiquette politique. L’important ici étant déjà qu’il y ait suffisamment de personnes pour former le conseil municipal et prendre part aux différents comités/syndicats/commissions, etc. Je suis ravie de découvrir le fonctionnement d’une commune rurale depuis quelques mois et de mieux comprendre comment les décisions sont (ou non) prises, c’est très instructif.

Toi aussi ?

Une de mes nièces âgée de trois ans et demi m’a demandé, lors d’une réunion de famille : « toi aussi tu as un bébé dans le ventre ? »

Ses deux autres tantes sont actuellement enceintes…

Et ça fait mal…

Une piqûre de rappel de ma nulliparité.

Déconditionnement.

J’ai aimé le confinement plus que de raison. J’ai aimé rester chez moi, faire de petits travaux dans la maison, m’occuper du jardin. Cuisiner de bons plats. Trier les placards. Prendre le temps. Lire pendant des heures sur la terrasse au soleil. Ne voir personne d’autre que mon mari, mon chien et mon chat.

J’aurais voulu rester confinée.

Je ne travaille pourtant et toujours que deux jours par semaine, payés quatre (je travaille déjà à temps partiel depuis un an).

Mais je ne veux pas que la vie reprenne. Je ne veux pas que le rythme s’accélère. Je veux rester sur place. Je veux avoir le temps de profiter. Pas comme dans les clips où les images s’enchaînent à une vitesse folle ; je suis incapable de les suivre. Je veux avoir le temps d’analyser, de réfléchir, de penser.

Je n’en peux plus de cette rapidité qui m’affole. Je n’en peux plus de cette modernité qui m’épuise, me forçant constamment à m’adapter. Moi j’écris toujours au stylo plume, comme à l’école, et je me souviens encore de ma difficulté lorsqu’il a fallu abandonner les cassettes et les vinyles au profit des CD. Je ne suis jamais passée à la musique irréelle (MP3), je n’ai pas pu, il me faut un support. Je ne supporte pas tous ces changements, et encore moins le fait qu’ils soient imposés.

Je déteste la nouveauté et l’imprévu, je souffre énormément car cela m’insécurise. Cela n’a duré que deux mois, mais je suis encore conditionnée par les attestations. Quand je sors mon chien, j’y pense systématiquement. Quand je vais en courses, également. Il va me falloir encore du temps pour me déshabituer.

Je ne cherche pas à découvrir de nouvelles musiques, de nouveaux morceaux, écouter ma musique répétitive en boucle (principalement du rap) me suffit. Souvent, quand mon mari écoute radio déprime ou radio sport (Nostalgie et RMC), je me bouche les oreilles tellement cela m’est insupportable. J’ai envie de m’acheter un casque réducteur de bruit.

Je suis bien dans ma bulle, avec le moins de contacts sociaux réels possibles. Je communique essentiellement par messages et cela me suffit. C’est surtout plus simple pour moi. Je peux prendre le temps de réfléchir à la réponse. Je peux comprendre les choses dans le bon sens. Je n’ai pas à adapter mon regard, mes expressions faciales, mes gestes, mon intonation. Je n’ai pas à penser à tout ça en même temps pour avoir l’air « normale » surtout !

La PMA me semble être un lointain souvenir, une période horrible mais qui ne me concerne plus guère. Ne restent que les kilogrammes en trop. Les cicatrices sur le ventre de la cœlioscopie. Parfois, une petite tristesse, fugace, à l’annonce d’une grossesse. Mais plus jamais le désespoir sans fin que j’ai connu pendant des années. Plus de larmes non plus. Depuis un an, j’ai un traitement antidépresseur et c’est sûrement lui qui nivelle mes émotions.

Il y a quelques mois, une prise de sang a détecté une carence abyssale en fer. Après la prise d’un complément pendant trois mois, la prise de sang est redevenue bonne. Je suis pourtant toujours autant épuisée. Je ne crois pas que ce soit une question de vitamines ou d’équilibre. C’est davantage lié aux surcharges quotidiennes que je supporte de moins en moins. Comme si j’avais atteint mon quota et que j’étais désormais systématiquement dans l’excès. Le bruit, la lumière, les vêtements… Les gens qui parlent à plusieurs, la peau sèche, les plis du drap dans le lit, le souffle du vent…

J’ai hésité à refaire un autre blog, avec un autre nom, un autre pseudo. Mais finalement, même si la PMA est terminée, même si je n’aurai pas d’enfant, l’endométriose est toujours là. Et je reste éternellement endolorie, par l’infertilité, par mes blessures passées, par ma condition neuro-développementale sans doute aussi.

J’ai effectué une demande pour un bilan d’autisme. Selon ma psychologue, je ne suis pas autiste, je suis peut-être un peu différente mais je devrais plutôt accepter que je fonctionne ainsi au lieu de chercher pourquoi. Mon médecin traitant n’a pas d’avis sur la question, il n’a pas de connaissances pour ce diagnostic chez les adultes, il m’a adressée à un psychiatre. Celui-ci, après quelques questions, a rempli la partie médicale et, d’après ce que je lui ai décrit, pense que ma demande est tout à fait justifiée. Cela m’a fait du bien qu’on reconnaisse mes difficultés.

Je n’ai plus qu’à attendre qu’on me donne un premier rendez-vous au centre expert. Ça tombe bien, attendre, c’est quelque chose que je sais parfaitement faire. Cela fait des années que je me torture avec ce questionnement, je ne suis plus à quelques mois près.

Se voiler la face

Rapide rappel de mon parcours : début des essais pour avoir un enfant en juin 2013, je ne prenais plus la pilule depuis quelques années. Opération de l’endométriose en février 2015, suivie de 3 inséminations puis de 5 FIV.

La prise de sang après la troisième insémination avait été positive, un petit 36 UI qui n’a pas tenu. Une semaine plus tard, il y avait 30 UI… Et encore une semaine après, j’avais eu mes règles et c’en était terminé.

Je me souviens encore de cette sensation irréelle d’être enceinte, enfin. J’avais plein de nausées mais je m’en fichais, je planais. Je ne dormais quasiment plus d’excitation et je ne pensais plus qu’à ce secret, délicieusement incroyable. Je savais que tout ça ne tenait qu’à un fil mais malgré tout, quand la deuxième prise de sang a été mauvaise, je me suis effondrée. Ça a été mon premier arrêt pour syndrome dépressif consécutif à la PMA. Juste quelques jours pour refaire surface. Mais plus rien n’a jamais été comme avant. Cet échec est resté sans conteste l’une des plus grosses blessures de ma vie. Les années se sont succédé et je n’ai plus jamais eu de prise de sang positive, même après 5 FIV.

En faisant le bilan de tout ce parcours, m’est venue l’idée insidieuse de refaire des inséminations. Après tout, il en restait encore 3 prises en charge par la sécurité sociale. Et puis, le seul résultat positif avait été obtenu à la suite d’une insémination. Sans compter que les stimulations à forte dose aggravent le climat inflammatoire lié à l’endométriose et peuvent altérer la qualité ovocytaire. Déjà que j’ai selon toute vraisemblance des ovocytes bien pourris… Je me suis leurrée pendant quelques semaines avec ces réflexions mais je n’ai finalement jamais repris rendez-vous dans mon centre de PMA…

Le manque de considération – les entretiens d’embauche

Ma psychologue habituelle étant enceinte et en congé (elle a peut-être accouché, d’ailleurs ?), je rencontre sa remplaçante depuis quelques semaines.

La dernière fois, je lui ai parlé de mon appréhension terrible de passer des entretiens d’embauche, de l’énergie considérable que cela me demande pour une absence totale de résultat.

J’ai essayé de tout lui décrire, la peur de perdre mes idées bien sûr et de ne pas savoir me « vendre ». Mais aussi et surtout le fait que ce soit un lieu inconnu, avec des gens inconnus dans un bureau inconnu. Saluer les personnes, mais comment doser exactement la poignée de main ? Et associer le regard ? Tout en pensant à ce que je dois dire, je surveille mes mains. Ne pas les cacher sous la table. Ne pas les tordre. Ne pas arracher les petites peaux autour des ongles. Avoir l’air détendue. Souriante. Avenante. Motivée. Avoir un visage expressif. Regarder les personnes dans les yeux et s’il y en a plusieurs, s’adresser à chacune d’entre elles de manière à peu près égale. Évoquer mon parcours, me remémorer les choses, expliquer ce que je fais et ce que je ferais. Répondre du tac au tac.

Tout cela est trop dur pour moi, sans compter qu’en général, comme j’ai dû faire un effort vestimentaire, je ne suis pas à l’aise dans mes vêtements.

La remplaçante m’a dit qu’il fallait que je m’appuie sur d’autres réussites (par exemple, avoir joué du piano lors d’un mariage) pour avoir progressivement confiance en moi.

Ça m’a agacée car elle n’a pris en compte qu’une partie minime du problème. Est-ce que je ne sais pas expliquer ce qui me pose problème ou est-ce qu’on ne veut pas m’entendre ?

Quand j’expose ce genre de difficulté, j’entends toujours une certaine rationalisation : « non mais tout le monde a peur des entretiens d’embauche »…

Le manque de considération – l’infertilité

Visite annuelle auprès de l’infirmière de santé au travail.

Je lui ai parlé des échecs en PMA, de ma saturation de tout ce parcours de merde. Cinq ans à enchaîner les rendez-vous médicaux, à écarter les cuisses, à me faire ausculter, analyser sous toutes les coutures, pour ? Aucun résultat. Ah si, 10 kg de plus et des règles encore plus douloureuses et abondantes qu’auparavant. Et plusieurs arrêts de travail pour syndrome dépressif.

Elle m’a demandé si nous envisagions l’adoption. Question classique. J’ai répondu qu’on y avait pensé mais que je n’avais pas de forces à mettre dans un nouveau projet, que c’était très intrusif encore, et pour un résultat incertain, une fois de plus.

Elle a conclu notre entrevue en me disant qu’elle sentait que mon corps effectivement n’en pouvait plus mais que c’était moins clair au niveau de ma tête. Et que s’il y avait un petit espoir, je repartirais vite à sa quête. Elle m’a aussi suggéré de me remettre en arrêt parce que je travaille avec des enfants.

J’aime quand on pense à ma place.