Le chien de la SPA

Il y a quelques mois, nous est venue l’idée d’adopter un deuxième chien. Nous avions déjà un petit doudou tout poilu depuis plusieurs années et commencions à craindre qu’il ne s’ennuie. Nous avions également envie de faire une bonne action et de ne pas acheter un chiot mais plutôt d’offrir un joli cadre de vie à un pauvre toutou malheureux. Profitant de portes ouvertes à la SPA du coin, nous sommes allés y faire un tour. Je n’avais encore jamais mis les pieds dans un refuge, autant vous dire que cette expérience a été très difficile pour moi. Voir toutes ces pauvres bêtes enfermées, imaginer leur parcours, les abandons, la maltraitance… Les entendre pleurer… Aboyer pour être sortis en promenade… Dans l’attente d’un câlin ou d’un gâteau… J’ai fondu en larmes. Quand j’ai réussi à renifler moins fort, nous avons pris le temps d’observer les chiens. Nous n’étions pas trop exigeants, nous voulions simplement un chien suffisamment âgé pour qu’il n’ait pas envie de jouer avec le petit (celui-ci aimant la tranquillité et étant vite énervé par les autres chiens trop vifs) et pas trop gros.

Ce chien de la SPA, nous ne l’avions d’abord pas vu. Il restait au fond de sa cage, loin, assoupi, ne semblant pas tenir compte de l’agitation autour de lui. Lorsqu’une dame l’a appelé par son prénom, il est venu la voir et nous avons craqué. Il avait l’air tout doux, très gentil, calme. Il était beau, tout plein de poils. Nous avons promis de revenir le voir avec le petit chien, afin de tester leur entente. Quelques jours plus tard, le chien de la SPA, tenu en laisse par mon mari, est venu à la rencontre du petit chien, qui n’a pas bronché – lui d’habitude si prompt à aboyer sur n’importe quel animal à portée de truffe. Après quelques caresses et observations, nous avons adopté ce chien. Le trajet jusqu’à la maison fût par contre épique, le chien voulant à tout prix venir devant et aboyant pendant tout le trajet…

Les jours – et même les semaines – qui ont suivi ont été fort difficiles. Le chien de la SPA faisait pipi partout dans la maison dès que nous étions là mais jamais quand nous étions absents ou la nuit pendant notre sommeil. Avec le temps, nous avons compris qu’il lui faudrait du temps pour faire confiance mais l’équilibre a été long à trouver. Par moments, je désespérais de parvenir à une harmonie au sein de la famille. Je ne me sentais pas rassurée lorsque des personnes venaient à la maison car elles voulaient systématiquement le caresser alors qu’il valait mieux l’ignorer dans un premier temps afin qu’il ait le temps d’appréhender la situation. Je me suis posé la question de le ramener à la SPA parce que je me sentais démunie. J’ai bien fait de faire confiance à mon mari, convaincu que nous parviendrions à vivre de belles choses avec ce chien. Car, effectivement, au fil du temps, le chien a arrêté de faire pipi dans la maison et nous nous sommes rendu compte qu’il était capable d’apprentissages malgré son âge (s’allonger au sol pendant notre repas, revenir à l’appel de son nom en promenade, donner la patte une fois assis, etc.). Il s’était mis à apprécier nos câlins et adorait faire de petites bêtises avec le petit chien.

Pour le faire garder lors de nos vacances, nous avions trouvé une pension pour chiens tenue par une dame très gentille qui un jour m’avait avoué ne pouvoir avoir d’enfants et reporter ainsi son affection sur les chiens et les chats qu’elle élevait et accueillait. Nous avions peur que le chien se sente de nouveau abandonné mais avons rapidement été rassurés. Le chien était toujours content de se rendre à la pension, tout comme il était content de rentrer à la maison.

Il y a une semaine, alors que nous étions en voyage à l’autre bout de la France, la dame de la pension nous a appelés. Notre chien (qui avait un gros souffle au cœur et était sous traitement) a fait une crise cardiaque et est décédé chez le vétérinaire, celui-ci ne parvenant pas à le ranimer. Le ciel s’est dérobé sous nos pas et nous avons longuement pleuré, désespérés de ne pas avoir pu l’accompagner et être auprès de lui pour ses derniers instants.

Aujourd’hui, nous sommes allés récupérer ses affaires à la pension et cela a été très douloureux. Nous avons aussi repris le petit chien, qui va à nouveau se retrouver tout seul. Nous sommes tellement peinés… et avons encore un peu de mal à réaliser. L’impression que tout cela est irréel et qu’il va revenir à la maison demeure présente… Je l’imagine la tête enfouie entre les pattes comme quand il dormait le soir et ça me fend le cœur. Je regarde cette photo de lui, tout sourire dans le jardin, cette photo que j’ai envoyée à la SPA pour leur annoncer son décès, et les larmes roulent sur mes joues.

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Suspendue – 2

J’ai l’impression que ma vie est tellement palpitante qu’elle s’écrit en plusieurs tomes. Bon, c’est surtout parce que mon dernier article a connu un raté… je dois ainsi tout réécrire…

J’ai beau être en pause, je n’en reste pas moins toujours dans l’attente de la suite et ça, c’est difficile à accepter à terme. Depuis 4 ans d’essais, presque 3 ans de PMA (une cœlioscopie, 3 inséminations, 3 FIV – ça c’est juste pour les petits jeunes au fond de la classe), je me rends compte de cette double injonction qui pèse de plus en plus lourd, à la fois ne plus parvenir à se projeter dans le futur et à la fois attendre que quelque chose se passe – mais quoi et quand ? En tout cas, j’ai bien compris que mes ovocytes sont pourris et que je suis obligée de me raccrocher aux dernières prescriptions médicales.

J’ai voulu contacter le chirurgien pour me faire opérer, il m’avait donné un choix de dates en septembre, je lui ai répondu mais visiblement trop tard ! Il est en vacances… merci août. Je n’ai donc pas de date d’opération ce qui m’arrange à moitié. J’aurais aimé pouvoir me projeter par rapport au travail et m’organiser pour les billets de train, histoire de ne pas payer trop cher à la dernière minute. Et conjointement à cela, je suis quelque part bien contente de ne pas (encore) me faire opérer… Bref, c’est le fouillis dans ma tête. Avoir besoin d’une date qui rassure mais être soulagée de ne pas en avoir… c’est un peu comme quand on attend J1 et qu’on se prend à rêver… et que le couperet tombe rapidement.

J’ai par contre réussi à contacter le centre de ma région pour le don d’ovocytes et mon mari et moi aurons rendez-vous mi-septembre. Je commence déjà à m’inquiéter de ce qu’on va me demander. Si on fait une évaluation psychologique de ma petite personne, c’est certain je serai recalée ! Je me sens encore mal à l’aise avec cette idée de don, même si j’y pense de plus en plus. Je crois que ce qui m’est le plus difficile, c’est d’accepter de reconnaître que j’ai besoin d’une autre personne pour fabriquer un bébé. Pourtant, j’arrive très bien à l’écrire – et même à le dire – que mes ovocytes sont pourris et que je n’en peux plus des traitements qui réveillent l’endométriose de merde ! Mais ma solution à moi, ce n’était pas le don d’ovocytes… Ma solution à moi, c’était le bébé miracle (sous la couette de surcroît !) auquel on ne s’attend plus et qui n’arrive qu’aux autres ! Vous savez, la cousine du fils de la coiffeuse… J’aurais voulu que ce soit moi mais il n’y a pas de coiffeurs dans ma famille.

Mon cerveau marchant toujours à plein régime, impossible de le couper la nuit… J’ai changé de travail début juillet – il y a un mois donc – et j’ai mis tout ce temps à ne pas dormir ! J’ai cogité à cause du boulot (les pathologies des adolescents, c’est quand même bien plus violent que celles des enfants) et quand parfois je suis parvenue à m’assoupir, j’ai fait des rêves très parlants… Il y a bien sûr eu celui où je rêvais que j’avais une petite fille issue du don (marrant d’ailleurs que ce soit une fille alors que je me suis toujours projetée avec un garçon… mais je vous le dis, fille ou garçon peu importe, je veux UN BÉBÉ EN BONNE SANTÉ !) et puis il y a eu celui où j’oubliais de prendre les cadeaux pour mes neveux et nièces… Un bel acte manqué qui me mettait vraiment mal à l’aise… Mais je sais très bien pourquoi j’ai rêvé de ça, parce que les cadeaux que je choisis pour les bébés et les enfants de mon entourage, ce sont ceux que j’aimerais (me voir) offrir à mon bébé… et parfois, je trouve cela injuste… Et puis, il y a eu ce dernier rêve où l’on me disait que le suivi à Paris, c’était franchement de l’arnaque. J’avoue, j’ai eu aussi ces pensées fin juin après avoir lâché beaucoup d’argent pour une IRM qui a simplement confirmé la présence d’endométriose, un rendez-vous avec le chirurgien qui a conclu qu’il semble indiqué d’opérer et enfin un rendez-vous avec la gynécologue de Paris pour confirmer l’opération tout en reconnaissant qu’il faudra de toute façon vraisemblablement faire appel au don d’ovocytes… Franchement, tout ça, je le savais déjà, ça avait été l’enseignement de la FIV3 sans J5 alors j’ai un peu eu les boules et l’impression d’être une vache à lait à ce moment-là…

Enfin, avec le début des vacances, j’ai enchaîné deux jours de diarrhée (de rien pour les détails !) puis J1, J2, J3… et leurs douleurs coutumières… Je commence tout juste à voir le bout de tous ces tracas et à retrouver un semblant de sommeil. Et plus que quelques jours avant que mon mari ne soit en vacances, j’ai hâte ! ❤

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Un rêve…

Cette nuit, j’ai fait un rêve et pas n’importe lequel. C’est le genre de rêve qu’on n’oublie pas au réveil et qui nous poursuit tout au long de la journée.

À une époque, confrontée à plusieurs décès très douloureux, la mort s’était souvent invitée la nuit dans mes rêves. Certaines images sont encore très nettes ; j’avais vraiment été secouée.

Plus jeune, je rêvais fréquemment d’animaux morts envahissant mon lit. La crainte de voir un animal mort s’apparente à une réelle phobie chez moi, il n’est donc pas étonnant que cela ait pu me travailler la nuit. Je ne suis toujours pas à l’aise avec cette peur mais je la gère beaucoup mieux.

Comme vous le savez si vous me lisez régulièrement, j’ai arrêté de fumer il y a deux ans. Durant les semaines qui ont suivi, je n’ai presque pas dormi. Avec le recul, je pense que mon corps et mon esprit réclamaient leur dose de nicotine mais sur le coup, je n’ai pris aucun traitement de substitution car je pensais que ça passerait vite. Et pourtant, même après deux ans, j’ai toujours l’impression qu’une certaine tension est restée en moi et il m’arrive régulièrement de rêver que je fume. J’en profite d’ailleurs à chaque fois à fond ! Au moins, c’est sans risque pour ma santé…

Et cette nuit, j’ai fait un rêve et pas n’importe lequel. Je tenais dans mes bras une petite fille vêtue d’un pyjama rose, une petite fille magnifique, à la peau si douce et à l’odeur délicieuse. Ce tout petit bébé tout mignon, c’était le mien et pourtant je n’en étais pas certaine. Ce tout petit bébé, c’était un enfant issu d’un don d’ovocytes…

 

Beaucoup de routine, un peu de nouveauté.

La routine, c’est aller travailler, promener les chiens, me baigner dans la piscine (quand il fait bien chaud) et faire à manger de bons petits plats (souvent bios).

La nouveauté, c’est d’avoir changé de lieu de travail et donc d’équipe. C’est de se demander tous les jours si je me plairai et si je saurai m’occuper des jeunes correctement. La routine, c’est que mes nouveaux/nouvelles collègues me demandent si j’ai des enfants. Si j’en veux. J’élude facilement. La nouveauté, c’est qu’il y a plein de fumeurs dans cette équipe et que le nuage de fumée réveille en moi les circuits autrefois dédiés à la nicotine. Je me surprends même à en rêver la nuit. J’ai arrêté il y a 2 ans, je reprendrais bien !

La routine, c’est d’avoir cette histoire de PMA en arrière-plan. Tous les jours y penser. Ne toujours pas avoir pris de décision. Opération ou don d’ovocytes. Parfois, les choses sont très claires mais le plus souvent, elles sont surtout bien floues.

La nouveauté, c’est d’avoir assisté à des concerts lors d’un festival alors que ça faisait des années et d’avoir vraiment apprécié ce moment (même si encore une fois, j’aurais bien aimé fumer !!!). C’est également d’avoir repris un abonnement au stade (bon ça c’est habituel depuis plus de dix ans désormais) dans une autre tribune. Tribune des supporters « historiques », j’ai hâte ! C’est dans cette tribune que je m’étais d’abord abonnée puis j’avais voyagé au cours des années de tribune en tribune mais cette ambiance si particulière où la tribune vibre comme un seul homme (une seule femme 😀 ) me manque.

La routine, c’est cette grosse merde d’endométriose, les douleurs quotidiennes, le ventre énorme, les pertes de sang anarchiques, la fatigue chronique.

La routine, c’est un nouvel anniversaire le ventre vide mais malgré tout une très belle soirée avec mes amis si chers. De bons moments partagés, de belles photos et de jolis cadeaux.

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La chute.

Hier soir, cours de roller en extérieur. Je me demande encore ce qu’il a bien pu se passer. Debout, j’ai voulu prendre un bonbon que me tendait une collègue de roller (la gourmandise me perdra). Je me suis retrouvée par terre, les quatre fers en l’air, sonnée, voyant trente-six chandelles, l’oreille gauche soudainement bouchée. Impression d’être passée de l’autre côté de la barrière. Une douleur vive, aiguë, au coude gauche.

Timidement, j’ai effleuré mon front, mes bras, j’ai regardé mes mains, je me suis demandé si j’étais encore complète. Je me suis assise. Mal partout. Mal aux fesses sur les cailloux. La gorge sèche. Le cœur nauséeux. Et les autres autour, qui me parlaient, mais je ne comprenais pas grand chose. J’ai touché l’arrière de mon casque ; cassé. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance. Je n’avais pas encore mis les protections des mains et des coudes, j’ai la peau arrachée mais j’avais mon casque fort heureusement car ma tête a heurté le trottoir.

Malgré la douleur, je n’ai pas pleuré, j’ai bu un peu d’eau, nettoyé mes plaies et mis mes protections. Je me suis relevée seule, refusant la main tendue du professeur – par fierté sans doute. J’ai suivi toute la sortie – 1h30 – en serrant les dents. On m’a trouvée forte. Mon chéri, quand je lui ai montré mes blessures – mon coude énorme ! – m’a dit que j’aurais dû me rendre aux urgences. Mais la vérité c’est que depuis des années j’encaisse beaucoup plus facilement la douleur physique que la douleur morale.

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