300 UI de Fertistart

Ce matin, mon réveil a sonné plus tôt qu’habituellement en semaine. De lui, dépendait ma survie l’enchaînement de la journée. Prise de sang – covoiturage – travail.

Petite mesquinerie de pmette, je me suis garée dans la rue du laboratoire juste après une autre personne qui venait de se stationner et je me suis dépêchée de sortir pour lui passer devant sur le trottoir, au cas où. J’ai bien fait, elle se rendait également au laboratoire de bon matin et moi, j’étais la première.

La secrétaire m’a saoulée avec sa question : « date des dernières règles ? », j’ai répondu que je n’en avais pas car j’étais ménopausée. Manifestement, ma réponse ne lui a pas plu car elle m’a reposé sa question plus tard. J’ai dit au hasard que c’était le 5 mars avec l’envie très forte de lever les yeux au ciel pour éviter que les larmes n’arrivent.

Malgré tout, je sais que j’avais les yeux brillants. Je le sais parce que me retrouver dans ce contexte, je ne l’ai déjà que trop vécu. Se lever à l’aube, courir au laboratoire puis au travail. Appeler la sage-femme entre 15h et 16h. Et se piquer.

Sauf que là, c’est la sage-femme qui m’a appelée. Deux fois. En laissant un message demandant que je la rappelle. Et comme elle ne parvenait pas à me joindre, elle a également téléphoné à mon mari ! Sauf que j’étais en train de gérer la crise clastique d’un jeune : que du bonheur. Bref, dès que j’ai eu un instant de libre, j’ai téléphoné pour obtenir les consignes : 300 UI de Fertistart dès ce soir, rendez-vous de monitorage dans une semaine, prévoir la carte de groupe sanguin, ramener les sérologies de mon mari. Je lui ai demandé à quelle heure était mon rendez-vous avec l’anesthésiste, elle m’a répondu que je devais me charger de prendre ce rendez-vous. Sauf que la gynécologue m’avait dit qu’on me donnerait les deux rendez-vous en même temps, ce que je lui ai dit mais dont elle n’a rien eu à faire. J’ai donc appelé le service d’anesthésie pour avoir mon rendez-vous qui forcément ne rentrait pas dans le planning en raison de son délai très court. Mais je m’en fiche, je l’ai le même jour. Je n’allais quand même pas faire deux fois 200 kilomètres pour ces deux fichus rendez-vous.

Ce soir, j’ai fait mon petit mélange, sans même relire les consignes, comme si j’avais fait ça toute ma vie et je me suis piquée dans le ventre. Ce soir débute FIV4 pour la sécurité sociale mais FIV5 pour mon corps et j’ai super les boules les glandes la haine peur.

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La colère.

Je suis en colère.

Contre ces gens qui me disent : « y a pas de raison, ça va marcher ».

Contre ces amis pour qui la première FIV a fonctionné. Le premier transfert même.

Contre ces personnes qui « y croient pour moi ».

Contre ceux qui pensent m’encourager en m’écrivant : « c’est reparti !!! » avec plein de points d’exclamation quand je dis qu’on va bientôt faire la cinquième FIV.

Contre ces personnes très proches qui m’invitent à leur mariage dans 6 mois. La trentaine déjà entamée, un projet de bébé bientôt en route, peut-être même qu’elle se mariera enceinte ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura plein de couples avec enfants et certainement des femmes enceintes. Plein de personnes prêtes à célébrer la famille, les enfants, les projets, la vie. Alors que moi, je ne ressens que colère, rancœur et aigreur. Mon cœur est rempli de méchancetés. Après bientôt 6 ans de combat, j’en ai vu des mariages, des grossesses, des naissances. Certains ont eu le temps d’avoir 3 enfants pendant que je suis toujours à quai. C’est dur. Très dur. Et ça m’énerve. Ça m’énerve de me comparer aux autres, ça m’énerve d’être envieuse, ça m’énerve de ne plus pouvoir me réjouir pour les bonnes nouvelles sans arrière-pensée. Sans cette petite voix qui me poursuit : « mais toi, tu n’as pas d’enfant et tu n’en auras peut-être JAMAIS ». Oui, la petite voix appuie de plus en plus fort sur le JAMAIS. Je l’entends hurler parfois. JAMAIS JAMAIS JAMAIS.

Je ne dors plus beaucoup, j’ai trop de colère. Je pense à mes projets inachevés à cause de la PMA de merde, de l’endométriose de merde. L’infertilité et l’endométriose m’épuisent. Et j’ai toujours mal quelque part. Et ça m’énerve de me battre contre moi-même, de me mettre des coups de pied aux fesses. Mais à part faire mal – comme les claques reçues au fil des années en PMA – ça ne m’aide pas trop à avancer. Car je ne sais plus dans quelle direction aller.

Je n’arrive pas à terminer le livre « les verrous inconscients de la fécondité », il me paralyse. Il me culpabilise. C’est vrai, des fois je pense que je ne veux peut-être pas d’enfant inconsciemment. Et tous les exemples du livre relatent des histoires de vie qui me parlent. Et j’en veux à ma mère pour l’enfance et l’adolescence pourries que j’ai vécues. Et je suis en colère de me dire que ça me bloque peut-être… parce que pendant des années, je refusais l’idée-même d’avoir un enfant. Car j’étais persuadée de reproduire certaines choses. Car je ne voulais pas rendre mon enfant malheureux comme je l’ai été. Car j’avais peur de ne pas vouloir son bonheur tout simplement et de vouloir au contraire me venger. Me venger de cette mère que je déteste. J’ai beaucoup parlé de tout cela avec ma psychologue et si je parviens aujourd’hui à envisager un avenir sans répétition des horreurs erreurs de ma mère, je me sens incapable de lui pardonner. Et je ne parviens pas à digérer cette énorme partie de ma vie. Et je n’arrive pas à penser à ma mère sans colère.

Bordeaux.

C’était en janvier, une consultation auprès d’une gynécologue réputée à Rouen et nouvellement arrivée dans le grand centre de Bordeaux. Je voulais un avis, je l’ai eu. Mais laissez-moi vous raconter mes péripéties.

Par l’intermédiaire d’une copine rencontrée sur mon blog, j’avais envoyé mon dossier médical au centre de Bordeaux. Alors que je pensais ne recevoir que quelques conseils, on m’a proposé un rendez-vous dans un délai très raisonnable : deux mois. Je me suis empressée d’accepter, de réserver les billets de train et l’hôtel, de demander une autorisation d’absence et de poser une journée car je ferais le déplacement sur deux jours.

J’avais étudié toutes les possibilités financières, l’idéal aurait été d’arriver la veille du rendez-vous et de repartir le soir-même – les tarifs de la SNCF étaient vraiment attractifs. Sauf que sur le site de l’hôpital, il était précisé de ne pas prévoir de reprendre le train dans les 5 heures suivant le rendez-vous !! Ayant rendez-vous à 15h30, c’était vite vu, il me fallait repartir le lendemain. Et comme je ne tenais pas à payer deux nuits d’hôtel, je suis partie le matin-même de chez moi.

Le premier train de la journée, en direction de Paris, est annoncé avec 5 minutes de retard. Je commence déjà à frémir d’angoisse. Pourquoi annoncer 5 minutes de retard ? 5 minutes ce n’est rien. 5 minutes avec un TGV, ça se rattrape. Alors s’ils l’annoncent, c’est que ça va devenir problématique. Et voilà, mon cerveau commence déjà à surchauffer, d’autant que le TGV est double, que bien entendu, je suis dans la deuxième rame, qui n’arrive pas ! Je regarde autour de moi, personne ne semble inquiet, je respire, je tente de compter dans ma tête (des fois, ça m’apaise), je lutte contre la folie et le deuxième bout de TGV finit par arriver ! Bonne nouvelle, je n’ai pas de voisin de train. Je soupire d’aise, je lis mon bouquin, je mange mes crêpes de petit déjeuner. Je profite de ce moment car j’ai toujours aimé prendre le train.

A Paris, les choses se gâtent très rapidement. Je sais pourtant prendre le métro. J’ai bien regardé la direction de la ligne, en plus c’est une ligne directe. Mais voilà, il y a des turbulences. Un monde fou. Certaines personnes font demi-tour. Un métro vide passe sans s’arrêter. Dans ma tête, c’est la panique. J’entends les messages d’alerte mais ne les comprends plus. Je n’ai qu’une heure pour effectuer cette fichue correspondance. Je rebrousse chemin, avance à l’aveugle, vise n’importe quel métro. Au moment de rentrer dans un wagon, mon cerveau se reconnecte, me fait retourner à la voie de départ, me fait attendre. Dans le même temps, Nina m’écrit. M’apaise. Me rassure. Je finis par monter dans le métro, bondé. Je ne respire plus, je ne bouge plus. Tassée. Compressée. Comprimée. C’est dingue. On est combien dans ce métro ? J’ai envie de pleurer. J’ai le cœur qui s’emballe. Je me mets à penser aux attentats – oui, il ne manquerait plus que ça… Le métro est régulièrement arrêté en pleine voie. Perturbations qu’ils disent. Puis quelqu’un a actionné le signal de détresse. Je crois rêver. Je décide de m’en remettre au hasard. Dans le pire des cas, même si je dois repayer, j’ai un TGV de rab pour aller à Bordeaux. Cette pensée me fait du bien.

Nina m’attend sur le quai du métro ! Ça au moins c’est une belle chance, le rayon de soleil de mes galères de transports en commun ! Nous ne nous étions jamais vues et l’entrevue est brève mais reposante. Je me laisse guider par Nina qui sait où se trouve la gare Montparnasse dans le dédale de couloirs.

Nina, je ne te remercierai jamais assez pour ces quelques minutes ! Et les petits présents !

Le TGV pour Bordeaux part à l’heure. Je n’ai toujours pas de voisin, franchement c’est le pied ! Je suis à l’étage, je mange, je lis, je profite encore de ce trajet. Jusqu’au message d’alerte du conducteur : une trappe à gas-oil s’est ouverte, il doit stopper le train pour aller vérifier. Une trappe à gas-oil ? C’est pas électrique un TGV ? Nous voilà donc arrêtés en pleine voie… pendant 30 minutes… Nous apprenons que la trappe a été arrachée et que le conducteur doit vérifier qu’il n’y a pas d’autres dégâts. Les gens autour de moi téléphonent, commencent à gérer le retard. Moi, ça ne me fait rien, à part que c’est un peu chiant d’attendre. J’ai de la marge pour mon rendez-vous. Nous repartons finalement et quand nous arrivons à Bordeaux, il s’avère que le problème concernait une trappe d’attelage. J’étais dans le deuxième train. Cela signifie-t-il que mon train aurait pu se détacher ?!!! J’aime mieux ne pas le savoir !

J’ai le temps de passer à l’hôtel pour déposer des affaires – mon dossier d’infertile étant déjà assez lourd comme ça… Comme il fait très beau, je décide de faire le trajet à pied jusqu’à la clinique (il y a 7 km) (parfait pour jouer à Pokemon go).

A la clinique, lorsque je signale mon arrivée à la secrétaire, je vois avec plaisir que la gynécologue a des rendez-vous de 45 minutes. Elle va prendre le temps pour moi. La secrétaire est originaire de la même région que moi, on en profite pour échanger un peu. Puis j’attends une petite heure et la gynécologue me reçoit.

Elle est très gentille, souriante, avenante. Elle prend le temps de tout éplucher. En long, en large, en travers. Elle me rassure, tous les suivis entrepris ces dernières années sont cohérents. J’ai été opérée quand il le fallait. On a toujours adapté et modifié les protocoles. Maintenant, elle ne voit pas l’utilité d’une nouvelle opération pour moi car l’IRM ne révèle que peu d’endométriose et elle est mal localisée (sur les ovaires). Il n’y aurait selon elle vraisemblablement aucun bénéfice à me faire réopérer. Les opérations d’endométriose dont on entend parler dans la presse et qui donnent de bons résultats concernent des atteintes plus lourdes avec notamment la présence de nodules qui peuvent être retirés. Pour elle, il est par contre vraisemblable qu’en plus du climat inflammatoire de l’endométriose il faille composer avec une mauvaise qualité ovocytaire. Elle pense donc qu’il sera sans doute logique de m’orienter vers un don d’ovocytes mais que je peux faire la dernière FIV avec mes ovocytes car « il est malgré tout possible de tomber sur un bel ovocyte » (ça s’appellerait pas croire au Père Noël ça ?!).

Je ressors de la clinique contente d’avoir rencontré cette gynécologue lumineuse. Si Bordeaux n’était pas aussi loin de chez moi, j’aurais aimé faire ma dernière FIV avec elle. Elle m’inspire beaucoup plus confiance que la gynécologue de Paris pourtant si réputée… Et que dire du chirurgien parisien qui voulait à tout prix m’opérer ? J’ai maintenant deux avis contre une opération, la chirurgienne spécialisée en endométriose de mon centre actuel et cette super gynécologue de Bordeaux. Je me souviendrai toujours du rendez-vous avec le chirurgien parisien, 10 minutes montre en main, à peine le temps de dire le mot « endométriose » qu’il me parle d’opération et me déleste de 100€. Quelques heures plus tard, je recevais son devis honteux par mail. J’avais vraiment eu l’impression de n’être qu’un porte-feuilles.

Bref, ne parlons plus des choses qui fâchent.

Aussitôt sortie du rendez-vous, j’ai téléphoné à mon mari pour lui raconter puis j’ai profité de Bordeaux, balade le long de la Garonne et photographies. De retour à l’hôtel, je m’étonne un peu de ne pas recevoir un seul message de la soirée. Mais tant pis, je prends une bonne douche, regarde une série à la con et lit un peu avant de bien dormir.

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Le lendemain, je n’ai toujours aucun sms. Bizarre. Plusieurs personnes étaient pourtant au courant pour Bordeaux. Mon mari me contacte sur messenger car je ne reçois pas ses sms. Je pars flâner en attendant le train à midi, soleil, photographies, je suis seule, je suis bien. Je n’ai pas très envie de partir et de retourner au travail le lendemain !

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Dans le train pour Paris (il est parti en retard de Bordeaux…), mon téléphone se réveille soudainement et je reçois plein de messages ! Des amis, des collègues et bien sûr, mon mari. Bizarre ce « bug » quand même… A Paris, je profite de la correspondance pour récupérer un livre repéré sur leboncoin. Toujours un peu étranges ces échanges ! On se retrouve sur le quai du métro. « Grande, brune, avec un sac à rayures » – « petite, parka prune, lunettes ». Nous nous trouvons sans difficulté, échangeons livre contre argent (ou argent contre livre, tout dépend du point de vue) et repartons chacune à nos vies. Comme si rien ne s’était passé. Le livre en question ? C’était le seul disponible en occasion à Paris et dans le quartier de « ma » gare, le hasard fait bien les choses. Ah oui, le titre : « les verrous inconscients de la fécondité » (oui, oui, je crois que c’est dans ma tête !).

Je profite du dernier train pour lire encore et simplement me laisser bercer par le roulis. J’aime ce bruit. Tchac tchac. Tchac tchac. Tchac tchac. Et alors que sur quatre trains, celui-ci était bien parti pour être le seul à arriver à l’heure, il s’est malencontreusement arrêté à quelques centaines de mètres de la gare car il y avait déjà un train sur sa voie d’arrivée ! Quand ça coince, c’est jusqu’au bout !

De retour chez moi, j’ai pris rendez-vous avec mon centre de PMA pour caler la dernière FIV. Cette escapade à Bordeaux m’aura au moins permis de me mettre un coup de pied aux fesses de relancer les choses. La suite, vous la connaissez, elle se passe dans ma fesse.

Dans la fesse.

Ou dans le mille.

L’injection de Décapeptyl.

Ça fait mal au cul et au cœur. C’est sûr cette fois on va faire cette putain de dernière FIV.

Je n’y crois pourtant pas. Et on m’a déjà dit plusieurs fois : « ça ne sert à rien de la faire si tu n’y crois pas ».

Mais comment croire à une réussite quand toutes les autres FIV n’ont amené qu’échecs et larmes ? Comment imaginer une autre issue que celle que je connais déjà ?

Nous nous sommes disputé avec mon mari chéri quand je lui ai dit que je n’avais aucune envie de faire cette dernière FIV. Pour lui, FIV = bébé. Il m’a dit : « ça veut dire que tu ne veux pas d’enfant avec moi ». Alors que pour moi, ça n’a rien à voir. Une FIV, ce sont des injections quotidiennes, des suivis à l’aurore avec échographie les jambes écartées, du stress – beaucoup de stress, une ponction et des jours douloureux, un transfert d’embryon dans le meilleur des cas (il y a aussi la possibilité de l’échec total – pas d’embryon, c’est déjà arrivé il y a 2 ans), une période d’après-transfert schizophrénique sans sommeil sans répit sans virgule sans point. Et le couperet, toujours identique, la prise de sang négative, les larmes, l’abattement, le désespoir. Le « tout ça pour ça ».

Je ne suis pas très masochiste, je n’ai pas envie de m’infliger à nouveau toute cette merde. Je le fais uniquement pour tourner cette putain de page. Parce que le dernier transfert date d’il y a un an et qu’un an sans PMA ne m’a malgré tout pas permis de ne plus y penser. Alors autant clore les choses une bonne fois pour toutes. En tout cas, avec mes ovocytes.

Le J1 de la déprime

Le plan est simple. A J1, je dois (re)(re)(re)prendre la pilule. Une dizaine de jours plus tard, une bonne injection de Décapeptyl dans la fesse. Un mois après l’injection, une prise de sang et « si tout va bien », la stimulation pour la dernière FIV pourra débuter.

Ce soir, les douleurs classiques d’avant-règles ainsi que les mini-pertes me sapent le moral. Pas un poil de retard, pas une once d’espoir. Simplement, la tristesse infinie de laisser encore passer mon tour, le tour du miracle.

Je pensais naïvement que dos au mur, ça pourrait marcher naturellement. Après tout, j’ai toujours fait les choses à la dernière minute. Je pensais que tant que je n’accepterais pas cette dernière FIV, mon corps ne comprendrait pas le message subliminal (enfin, pas tant que ça en fait !). J’ai mis longtemps à retourner en PMA pour de bon, pour caler cette putain de FIV, quasiment un an… et il faut bien se rendre à l’évidence. Seule (comprendre, sans aide médicale), je n’y arrive pas. Et j’ai l’impression d’être perpétuellement en deuil, de n’en sortir jamais. Je n’arrive pas à accepter mes limites, cette faille si profonde qui annihile la moindre confiance en moi.

Ce soir, je suis triste à en mourir. Je compte les années d’essais et d’échecs (presque 6), les mois d’attentes (68) (oui je mets « attente » au pluriel car c’est encore plus parlant) qui sont autant de cycles éternellement recommencés.

Je suis triste et en colère. J’en veux à mon corps qui me fait défaut, à la médecine qui n’a toujours pas trouvé la solution, à toutes ces personnes qui se reproduisent sans même y penser (pour de vrai !). J’en veux à toutes ces personnes insouciantes, qui balancent des phrases toutes faites et qui n’ont pas la moindre idée de mon drame quotidien (et pourtant, je suis patiente et pédagogue – mais quand ça ne veut pas rentrer…). J’en veux à la Terre entière ou presque. J’en veux même à Dieu parce que « c’est trop injuste » et que ça me fait CHIER d’être sans cesse du mauvais côté des statistiques.

Ce soir, c’est J1 et j’ai un gros chagrin.

Histoire banale du soir

Anna et Daniel se sont rencontrés il y a une quinzaine d’années, ils se sont mis ensemble, se sont mariés et ont eu deux enfants. Il y a quelques années, ils ont acheté une maison qu’ils ont petit à petit rénovée. Je l’ai visitée il y a quelques semaines, elle est jolie et tout le monde a sa pièce pour s’adonner à ses loisirs.

L’année dernière, à l’anniversaire d’Anna, sa sœur lui avait dit : « tu as un mari aimant, deux enfants en pleine santé et une belle maison, tu as réussi ta vie ». Je me souviens de ces mots car ils m’avaient heurtée, moi la nullipare infertile.

Anna s’ennuyait à la maison, à s’occuper de ses enfants et à attendre que Daniel rentre à la maison. Elle ne travaillait plus depuis la naissance du deuxième, cela lui manquait.

Il y a quelques mois, elle a trouvé un travail – le petit détail qui manquait finalement à sa vie réussie.

Hier, Anna m’a annoncé qu’elle quittait son mari pour son patron. Une vie balayée par/pour un coup de cœur.

La morale (s’il y en a une) ? Quand on a tout, on n’a pas assez.

Malaise

Aujourd’hui, nous avons été invités par de charmants voisins à partager la galette. Nous n’avions échangé que quelques mots lors de la cérémonie des voeux dimanche dernier. J’ai trouvé leur proposition très gentille et nous avons confirmé notre venue. Ces voisins ont trois enfants.

Un autre couple de voisins était également convié : deux enfants, dont un bébé.

J’ai redouté la question piège à chaque fois qu’il était question d’enfants et/ou que quelqu’un s’émerveillait du bébé. Ça n’a pas raté.

« Le prochain, c’est pour vous ! »

Mon mari n’a pas répondu, moi non plus. Alors notre hôte nous a demandé en riant s’il s’agissait d’une question taboue. J’ai fait répéter la question, simulant n’avoir pas écouté la discussion (il y avait une discussion parallèle à ce moment-là). Question répétée et j’ai simplement répondu : « ah ». Vous noterez l’étendue de mon vocabulaire pour traiter d’un sujet sensible…

Fort heureusement, tout le monde a changé de sujet.

Mais je me suis sentie gênée de n’avoir rien répondu. Je parle facilement de l’infertilité habituellement mais aujourd’hui, je n’ai pas trouvé les mots pour le dire.