Les mots d’un enfant…

Je vous ai déjà parlé un peu de mon travail, plus précisément des enfants avec lesquels je travaille…

Vendredi, nous avons fêté le départ d’un enfant vers une autre structure d’accueil, après 6 ans d’accompagnement. Je me suis énormément occupée de lui depuis son arrivée et, s’il n’a pas été toujours facile à gérer, je crois que nous avions réussi à créer un lien assez fort (vous en connaissez beaucoup vous des enfants qui appellent leur référent « ma princesse » ?!).

Vendredi, cet enfant a oscillé entre l’amour et le rejet, à mon égard comme à celui des autres adultes. Pas simple de se séparer sereinement quand on part pour l’inconnu… Mais sans doute l’occasion de questionner un certain sens de la vie puisqu’il m’a regardée soudainement droit dans les yeux pour me demander : « et toi, t’as pas d’enfants ? ». Je lui ai répondu par la négative. Et là, la question qui tue : « mais tu sais faire les enfants ? » !

Nous avons beaucoup rigolé 🙂

J’ai quand même un pincement au cœur de le savoir parti…

La résignation

Après le résultat négatif de la FIV2, mes règles sont bien vite arrivées. Abondantes, très longues et tellement douloureuses. Un déluge sanguinolent. Accompagné d’un déluge d’eau de mer. J’ai tellement pleuré… Les yeux rouges et injectés de sang. De gros cernes. La mine défaite, les traits tirés. Je m’étonne que ma famille n’ait rien remarqué. Je luttais pourtant contre les larmes toute la soirée, 24 heures après le cruel résultat.

Je n’ai parlé qu’à très peu de monde de cette deuxième tentative et je remarque que c’est plus confortable ainsi. Je n’ai pas à répondre aux questions. Je n’ai pas à évoquer mes sentiments. Aux personnes insistantes, je dis que je prends la pilule (ce qui est de nouveau vrai…) pour calmer l’endométriose. Je ne parle pas du reste, je suis évasive. Je fuis… La psychologue également. Je ne suis pas allée la voir depuis le début des traitements pour la FIV2. Ça ne me manque guère. J’ai l’impression de ne pas avancer avec elle, de toujours ressasser les mêmes choses tristes, de pleurer sans être forcément soulagée. Elle était toujours d’accord avec moi. Mais j’aurais aimé qu’elle m’aide à investir d’autres horizons et surtout celui qui me fait le plus peur : une vie sans enfant(s).

Depuis que la source sanguinolente s’est tarie, je me baigne dans la piscine tous les soirs dès que le temps le permet. Et je m’occupe du jardin. Je taille, je coupe, je nettoie. Je ne pleure plus même quand je me rends compte combien il est vain de faire ces activités sans les partager avec quelqu’un… Je me sens dans une bulle, petite, fragile mais anesthésiante. Je ne ressens plus grand chose hormis une immense fatigue. Une terrible lassitude. Et j’attends les vacances. Je n’ai pas d’autre objectif plus lointain même si je suis allée commander les traitements pour un prochain transfert à la rentrée (mais c’est uniquement parce que Gambinou m’a fait stresser 😉 ). Je ne parviens plus à me projeter. Je crois que j’ai encore trop peur de l’échec pour envisager retourner au combat. Pourtant, ma gynécologue PMA a joint un courrier aux ordonnances avec cette petite phrase : « il vous reste deux embryons qui sont de qualité tout à fait correcte, donc ne vous découragez pas ». Il faut bien avouer qu’elle a vu juste : j’ai baissé – momentanément ? – les bras.

(FIV2) NEGATIF

Une nouvelle claque. Une double claque même.

Les yeux rouges, gonflés.

Les joues inondées, brûlées par le sel des larmes.

Le cœur en miettes.

La gorge nouée, serrée. J’étouffe.

Le ventre vide. Mais rempli d’éclairs annonciateurs des règles.

Les jambes tremblantes, qui ne peuvent porter le poids de mon malheur.

Je voudrais me coucher, m’endormir, ne plus me réveiller. Je ne veux plus de cette douleur insoutenable.

(FIV2) Le transfert

Enfin ! Pourtant je ne travaille pas depuis la ponction mais j’ai un mal fou à me mettre dans l’écrit. Je rêvasse, je traîne, je range quelques trucs, je fais des siestes… Je ne me ressemble pas à vrai dire ! Sauf aujourd’hui, par l’accumulation de contrariétés, je retrouve un peu de mon stress légendaire… Alors je me replonge dans ce moment du transfert, samedi dernier…

Samedi matin donc, je me lève à 6h30. Je ne suis pas matinale mais je veux avoir du temps pour moi avant de partir. Du temps pour manger (puisque c’est encore écrit noir sur blanc qu’il faut avoir pris un petit déjeuner), du temps pour me laver et choisir mes vêtements. Moi qui aime tant la sobriété, je me décide pour un pull gris pailleté, un pantalon bien rouge et des chaussettes à fines rayures, jaune et blanc, que j’aime beaucoup (de la marque Bleuforêt, petite pub au passage pour celles qui aiment le « fabriqué en France »). Je me fourre à la Progestérone (ça va me faire venir de nouveaux lecteurs intéressants et intéressés, ça, se fourrer ?) et je bois tant bien que mal une petite bouteille d’eau pendant le trajet. Je prends la moitié d’anxiolytique négociée le jour de la ponction et je dois bien avouer que je stresse.

J’ai toujours très mal au ventre et j’ai peur que cela compromette le transfert. Peut-être va-t-il être annulé ? Je me demande si les embryons sont toujours vivants et dans quel état. Si on va m’en introduire un ou deux. Si j’aurai mal. Et à quelle gynécologue je serai confrontée. Bref, il est temps d’arriver.

Heureusement, la sage-femme nous accueille avec un doux sourire, comme à son habitude et me rassure, les douleurs sont fort vraisemblablement normales. Elle m’explique qu’après une ponction il y a des micro-cicatrices qui sont mises à mal par une nouvelle ponction, ce qui peut amplifier la douleur. Elle revient rapidement me chercher et m’examine par l’extérieur (je ne sais même pas comment s’appelle une échographie classique, tellement habituée aux endovaginales !) et conclue que tout va bien, sauf que ma vessie est loin d’être pleine… Les ovaires sont encore gros mais il n’y a pas de liquide suspect, pas d’épanchement. Arrive alors la gynécologue, toujours la même !!! Celle de la ponction 1 et du transfert 1, celle de la ponction 2 et donc… du transfert 2. Je suis pas ravie mais j’essaye de bien le cacher. En même temps, j’ai presque l’impression qu’elle fait la gueule. Heureusement, la biologiste surgit par la petite fenêtre, nous demande notre état civil et nous propose de transférer deux embryons – un très beau qui a toutes ses chances et un un peu moins beau mais qui a également ses chances. Bon, un beau et un moche pour résumer ! Nous sommes d’accord, d’autant plus qu’il restera encore deux beaux embryons qui seront congelés et le petit dernier sera cultivé jusqu’à lundi afin de voir s’il peut se battre encore ou non.

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La gynécologue grognon met tout en place pour le transfert, récupère les embryons et les implante. On voit une petite bulle à l’écran et c’est déjà terminé. La gynécologue perd un peu de sa froideur et me touche le bras en me souhaitant bonne chance. Tout le monde se retire et nous restons, mon chéri et moi, une dizaine de minutes, heureux de ce dénouement inattendu pour la FIV2. Deux embryons transférés et deux embryons congelés, beau rendement !

Nous allons ensuite dans les magasins et je fais un caprice de femme enceinte – autant en profiter, ça ne durera peut-être pas, je réclame une gaufre au chocolat ! Sauf qu’un samedi matin à 11h, nous avons dû faire trois restaurants car c’est « réservé aux goûters »… Et le goûter du matin, alors ? Bref, après tout ça, fatiguée de lutter contre l’anxiolytique, nous rentrons et je me lance dans une très grosse sieste. La prochaine fois, je crois que je ne prendrai pas le comprimé.

(FIV2) L’appel du laboratoire

Dans mon centre, il faut attendre deux jours après la ponction pour avoir des nouvelles des éventuels embryons. C’est long. Mais moins que pour FIV1, parce que là au moins je le savais à l’avance et n’en ai pas été étonnée.

Pendant ces deux jours d’attente, je me suis accrochée au chiffre 7, chiffre porte-bonheur normalement. Pour FIV1, j’avais eu également 7 ovocytes mais la suite avait été catastrophique : 3 embryons mais 1 seul transféré, les autres étant trop moches fragmentés. Avec la technique de l’ICSI prévue pour cette FIV2, mon objectif était d’obtenir 2 embryons corrects. Davantage me semblait bien présomptueux. Bien entendu, je me suis parfois prise au rêve du taux de réussite parfait… et pourquoi pas 7 beaux embryons… Mais j’ai réussi à rester objective et réaliste. L’important était qu’il y ait un transfert et, soyons fou, un embryon congelable.

B0007661 Intracytoplasmic sperm injection (ICSI)

Ces deux jours d’attente ont également été deux jours de calvaire douloureux. Des maux de ventre atroces n’ont eu de cesse de me tenir compagnie. Plusieurs fois je me suis demandée s’il ne fallait pas appeler la sage-femme. Le seul élément rassurant à ces douleurs a été l’arrêt rapide des pertes de sang (autre sujet d’angoisse).

Puis, enfin, vers 15h15 vendredi, le téléphone a sonné ! La biologiste m’a alors donné des chiffres : 3 beaux embryons et 2 un peu fragmentés. 3 beaux embryons ! Incroyable ! Elle m’a demandé si je serais d’accord pour un transfert de 2 embryons, OUI OUI OUI ! Elle m’a quand même précisé qu’il fallait que j’en discute avec mon conjoint et que ce serait de toute façon revu avec le médecin le lendemain – rendez-vous à 8h15 au centre. Je lui ai parlé de mes douleurs, elle m’a dit que c’était vraisemblablement normal et consécutif à la ponction, que je serais de toute façon examinée avant le transfert mais que je devais me rendre aux urgences si j’étais vraiment pliée en deux. Nous avons raccroché et j’ai cogité.

A partir de quel moment la douleur est telle qu’il faut se rendre aux urgences ? J’ai tellement souvent mal au ventre que je suis bien incapable de déterminer un seuil d’alerte… A l’hôpital, quand on me demande de chiffrer ma douleur, j’avoue être souvent en difficulté. J’ai tout le temps mal. L’intensité n’est heureusement pas tout le temps la même mais je ne suis jamais à zéro…

Et puis, j’ai pensé aux risques liés à la stimulation et à la ponction, notamment celui d’hyperstimulation ovarienne. J’ai cherché vite fait sur internet et me suis fait très peur, voyant qu’une hyperstimulation sévère pouvait conduire à une hospitalisation… Un des signes étant la prise de poids rapide, j’ai rangé mes bonnes résolutions au fond du placard et je suis allée me peser. Et là, surprise ! J’ai perdu un kilogramme par rapport au début de la stimulation. Étrange. Sachant que dernièrement les hormones m’avaient fait prendre du poids… Je me suis sentie un petit peu rassurée et j’ai compté les quelques heures qui me séparaient du rendez-vous au centre. J’ai pensé que je n’aurais pas le temps de mourir d’ici là et que la gynécologue aurait une réponse à mes douleurs. Puis j’ai pensé très fort à nos petits embryons, espérant qu’ils tiennent la nuit – et même plus.

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Photo du torse du mâle pour Carotte 🙂

(FIV2) La ponction

Tout d’abord, veuillez accepter mes excuses, j’ai du retard dans mes lectures, dans mes commentaires et dans mes articles ! Ce qui ne m’empêche pas de penser à chacun(e) d’entre vous régulièrement…

La ponction, c’était mercredi matin. Avec un déclenchement par Ovitrelle lundi à 21h30, je m’attendais à passer assez tôt. J’avais de nouveau choisi une anesthésie locale afin de rester maîtresse de la situation (oui, carrément !!). J’ai bien pris mes deux douches à la Bétadine, la veille et le matin. Puis un petit déjeuner léger parce que, quand même, le matin d’une intervention, j’ai un peu le gosier serré.

Au centre, prise des paramètres classiques, température (36,7°C) et tension (12/7 je crois) puis on m’installe dans ma chambre. Mon chéri reste un peu, le temps de quelques bisous, puis se rend à son rendez-vous de recueillement (silence religieux). J’enfile la blouse sexy habituelle et je me mets dans le lit. L’infirmière ne tarde pas à arriver pour me poser une perfusion (au cas où…), me faire une injection d’antibiotiques et me donner un antalgique ainsi qu’un anxiolytique. Avec tout ça, je ne tarde pas à me sentir fatiguée ! Mais comme je l’avais pressenti, on vient rapidement me chercher pour une petite promenade en fauteuil roulant jusqu’au bloc. J’en profite pour négocier le port de lunettes, ce qui est finalement bien accepté (mon argument choc : je les ai nettoyées à la Bétadine !).

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Au bloc, je retrouve la gynécologue de la ponction pour la FIV1, je ne suis pas enchantée mais je crois bien que je n’ai pas le choix ! C’est elle qui en pleine ponction m’avait dit, surprise, « oh mais vous avez de l’endométriose en fait ! ». Comme si ce n’était pas inscrit dans mon dossier… Depuis, je lui en veux ! Là, elle m’a tout de suite dit, il y a un endométriome, par contre elle ne le trouvait pas et m’a demandé sur quel ovaire… Vraiment pas rassurante cette gynécologue… Heureusement, il y avait également un interne sympathique et l’infirmière de PMA toujours très gentille. C’est elle qui m’a fait la toilette intime… pas un moment très agréable, c’est surtout très froid ! L’interne s’est chargé des piqûres anesthésiantes dans mon intérieur, sans aucun doute la partie la plus douloureuse de la ponction… J’ai serré fort les dents et, dans un moment d’égarement, je me suis promis que si prochaine il devait y avoir, ce serait sous anesthésie générale.

La ponction en elle-même semble s’être bien déroulée même si j’entendais tout le temps l’infirmière dire « ça coule un tout petit peu… ça coule plus » et je me demandais si c’était normal. Mais avec mes lunettes, j’ai pu suivre l’écran et ça m’a un peu occupée. Mon endométriome a encore été ponctionné et je n’ai encore pas apprécié ce qu’a dit la gynécologue à l’interne : « tu écriras : ponctionné par inadvertance ». Est-ce vraiment par inadvertance quand on en connaît l’existence ?? Quand la ponction s’est terminée, je grelottais sur la table d’opération. Mais je n’avais presque pas mal. Étrange.

Cependant, la douleur est rapidement arrivée, dès le trajet en fauteuil roulant et dans ma chambre. A chaque fois qu’une infirmière venait, mon chiffrage de la douleur augmentait, ce qui les a un peu inquiétées. J’ai donc eu droit à une petite visite de l’interne qui a pu me dire que 10 ovocytes avaient été ponctionnés ! Ça m’a un peu remonté le moral et il n’a pas constaté d’épanchement à l’échographie. Donc, prendre son mal en patience… et profiter de la collation, enfin ! Puis j’ai comaté longuement… L’infirmière est revenue me voir pour les dernières informations, sur 10 ovocytes prélevés, 7 sont matures ! Je suis tellement soulagée que mon corps ait répondu correctement au traitement ! Surtout sachant que l’ovaire gauche (celui de l’endométriome défunt… enfin jusqu’à ce qu’il revienne) travaille très peu.

Les dernières consignes concernent le repos, l’attente de l’appel du laboratoire deux jours après et un récapitulatif de la démarche pour le transfert : prendre un petit déjeuner, enfourner la Progestérone, avoir la vessie pleine et prendre le comprimé de drogue pour être bien détendue. J’ai négocié un demi-comprimé d’anxiolytique pour le transfert car ça me défonce trop la tête, l’infirmière a accepté.

De retour chez moi, je suis satisfaite de ce premier résultat de ponction. 7 ovocytes matures, ce sont 7 potentiels embryons (pour rappel, nous faisons une FIV ICSI cette fois, ce qui devrait doit améliorer le rendement fécondant). Par contre, j’ai mal. Mal. MAL ! MAAAAAAL !!!!