Humeur maussade.

Tout le monde me fatigue, les enfants du travail, les collègues, les gens dans la rue – et pire ! les gens dans les magasins, les copains et même ceux qui étaient des amis proches. Je n’ai plus envie de voir personne. Je traîne mon mal-être comme un gros boulet. Je rumine. Je pleure. Je ne veux pas de ces fêtes de fin d’année avec un ventre désespérément vide. Aucune envie de voir ma famille, les gros ventres, les bébés. Aucune envie d’offrir des cadeaux qui ne feront pas plaisir si je n’y mets pas le prix. Aucune envie de recevoir des cadeaux. Le seul cadeau que je voudrais ne s’achète pas.

J’ai mal au cœur tous les jours en ce moment, je pense à l’infertilité plusieurs fois par jour (pour ne pas dire, tout le temps). Je n’arrive pas à sortir certaines pensées de ma tête. Pourquoi moi ? Des fois j’ai l’impression que je fais un cauchemar, que ça n’est pas moi, que je vais avoir un bébé après la prochaine ovulation. Au lieu de ça, j’ai mal aux ovaires pendant des jours et rien ne se passe. Les règles arriveront encore et encore.

Il y a un appel à mobilité pour un autre poste de travail, je vais écrire mais je stresse d’avance. J’ai une grosse phobie dans ma vie, handicapante, paralysante : celle de passer un entretien d’embauche ! Je vais perdre tous mes moyens, encore et donc mes chances, encore… Ça cumulé au dossier pour l’adoption et à la préparation du mariage, j’ai l’impression de me noyer. Couler. Toucher le fond.

J’aimerais décorer la maison, histoire de mettre un peu de couleurs dans ma vie mais la motivation n’est pas suffisante. Je vois surtout toutes ces pièces vides vides vides… Je regrette que nous ayons acheté cette si grande maison. J’ai peur de ne jamais la remplir. Mon chéri m’a promis que nous déménagerions dans quelques années si nous nous trouvions dans une impasse d’enfant. Ça m’a un petit peu apaisée.

(adoption) Réunion d’information.

Coincée entre deux naissances et une présentation d’enfant au travail avait lieu la réunion d’information obligatoire avant toute demande d’agrément en vue d’une adoption.

Je m’étais préparée à ce que le discours soit difficile à entendre – délais insupportablement longs, enfants à pathologies diverses et variées liées ou non à leur situation d’abandon, obligation de se rendre à l’étranger pour avoir une chance… Bref, je m’étais fait une montagne de cette réunion.

Arrivés avec mon chéri au Conseil Départemental, nous rangeons Pokemon Go essayons de faire bonne figure en attendant que la bonne salle nous soit attribuée (celle figurant sur la convocation n’étant pas la bonne). D’autres couples patientent avec nous, ils ont l’air malheureux et plus âgés que nous, ça m’attriste. Je pense soudainement qu’il faudra peut-être se présenter devant tout le monde – gros coup de stress. Je repense au dernier échec de PMA – les larmes montent.

La personne chargée de la tenue de cette réunion arrive et nous nous installons dans la (nouvelle) salle, un peu sombre, un peu froide. Nous sommes cinq couples et deux femmes seules. Pas de tour de table, la responsable attaque directement – je respire un peu mieux !

Explications sur l’obtention de l’agrément : dossier à constituer puis deux entretiens avec un travailleur social et deux avec un psychologue, dont une visite à domicile. Ensuite, le rapport est rédigé, nous pouvons le consulter et y apporter des corrections avant qu’il soit présenté en commission. L’agrément est ensuite délivré (ou non) pour une durée de 5 ans, il doit être confirmé tous les ans. Au bout de 5 ans, s’il n’y a pas eu d’adoption, il faut tout recommencer.

La personne évoque ensuite le contexte de l’adoption internationale : adoptions en nette diminution ces dernières années, davantage d’enfants à besoins spécifiques et plus âgés. Y aller de manière individuelle est très compliqué, le plus sûr étant d’être accompagné par un OAA (mais il faut être « recruté »). Enfin, cette adoption a un coût non négligeable avec parfois l’obligation de séjourner plusieurs semaines voire mois dans le pays dont est originaire l’enfant.

En ce qui concerne l’adoption en France, il s’agit d’enfants pupilles de l’Etat originaires du même département. Pour elle, c’est là que réside le principal problème car l’enfant pourra peut-être retrouver ses parents biologiques plus tard. Le délai d’adoption s’étant un peu raccourci (en tout cas dans notre département, je ne sais pas s’il en est de même partout en France ?), la responsable nous conseille davantage cette option plutôt que de nous rendre à l’étranger. J’avoue avoir été surprise de ce conseil ! Elle nous a parlé de la loi du 14 mars 2016 qui renforce l’attention portée aux enfants de moins de 2 ans, le statut de pupille de l’Etat devenant un statut de protection à part entière. Cette loi, quand elle sera appliquée dans tous les départements, devrait légèrement favoriser le nombre d’enfants adoptables.

A l’issue de cette réunion, nous en avons profité pour nous restaurer et échanger autour de ce que nous avions retenu. Mon chéri m’a dit qu’il était triste de devoir faire cette démarche alors que moi, j’ai retrouvé un peu espoir tout en ayant peur que l’agrément nous soit refusé.

Nous sommes désormais en train de constituer le dossier et, pour celles qui l’ont déjà fait, pourriez-vous me dire en quoi consiste le certificat médical établi par un médecin conventionné ? Que je sache expliquer au médecin ce que j’attends de lui ! Enfin, dans la partie « charges », il faut remplir le montant du loyer, les charges fixes et les crédits mensuels. Qu’entend-on par charges fixes ? Merci d’avance à celles qui pourront m’éclairer.

Et pour conclure sur cette réunion, l’agrément n’étant délivré qu’à un membre du couple si nous ne sommes pas mariés, nous avons décidé de nous marier – enfin ! Cela faisait 3 ans que cette décision traînait et que notre famille, nos amis attendaient sans que nous n’arrivions à poser de date… Nous avons donc prévu de faire un petit mariage civil au mois de février 2017 avec les parents, les frères et sœurs, et les témoins. Et peut-être plus tard, la grosse fête !

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La route est longue et l’avenir, incertain…

Horizons

Le ciel est bouché et mon cœur également. J’essaye – difficilement – de me raccrocher aux prochaines échéances.

Nous avons écrit un courrier au Conseil Départemental pour demander l’agrément en vue d’une adoption, la réunion d’informations obligatoire aura lieu mercredi. La réponse a été rapide et il a fallu s’organiser en catastrophe pour poser une journée. J’espère que cela nous permettra d’appuyer la congruence de ce projet à nos ressentis personnels. Et puis, la réunion ayant lieu de 9h à 12h, il nous restera du temps pour profiter un peu, ensemble.

Pour l’instant ce concept de l’adoption est assez flou. Je sais qu’il y a plusieurs étapes à passer – la réunion, la constitution du dossier, les entretiens – pour obtenir l’agrément. Et qu’après, si nous obtenons cet agrément, il y aura l’attente. L’effroyable attente. L’interminable attente. Et j’ai également cette question lancinante qui me taraude : serai-je capable d’aimer un enfant que je n’aurai pas porté ? Un enfant dont je ne partagerai aucun gène. Un enfant qui ne me ressemblera pas. Un enfant dans lequel je ne retrouverai aucun des traits de mon chéri…

Concernant la fin de FIV2, mon corps continue d’évacuer du sang. Une semaine de règles et je n’en vois toujours pas le bout. Je n’ai pas repris contact avec mon centre, je suis trop triste pour y remettre les pieds actuellement. J’attends simplement le rendez-vous du 20 décembre à Paris. Avec de nouvelles interrogations. Devrai-je faire la FIV3 à Paris ? Si oui, comment réussirai-je à m’organiser tant au niveau du travail qu’au niveau financier ?…

Plus le temps passe et moins j’y crois… Je regrette d’avoir acheté cette grande maison, qui sonne creux, qui me renvoie à mon vide intérieur. Et j’appréhende les fêtes de fin d’année. Pas de miracle pour nous alors que le reste de ma famille se reproduit avec une facilité déconcertante.

Parallélisme parfait.

Conversation – banale – avec ma mère :

  • Mère (inquisitrice) : vous en êtes où de la PMA ?
  • Lorie (menteuse) : au point mort, on attend.
  • M (inquiète) : et tu souffres encore ?
  • L (estomaquée) : ben oui, quand même…
  • M (insistante) : mais tu as toujours mal au ventre ? Je croyais que ça allait mieux ?
  • L (gênée de sa méprise) : ah… euh… oui, ça dépend des moments…

Nous avons été coupées à ce moment-là, ce qui m’a évité de sombrer dans l’amertume… Il y a quelque temps, ma mère, alarmée par un mail que je lui avais écrit, était venue me voir et je lui avais parlé de la difficulté de mon parcours. J’avais évoqué les douleurs liées à l’endométriose mais pensais avoir été claire, j’étais prête à souffrir pour avoir un enfant, la souffrance physique n’étant rien comparée à la souffrance morale de se trouver constamment confrontée à l’infertilité…

Une nouvelle fois, je me suis sentie affreusement seule… et incomprise.

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