Portrait chinois

Je n’ai pas oublié la nomination de choco_not ! Je profite de quelques jours de repos post-mariage pour y réfléchir sereinement. Oui, oui, sereinement ! Si les dernières semaines ont été vraiment intenses entre travail, examens complémentaires pour la gynécologue de Paris, premier entretien pour l’adoption et préparatifs pour le mariage, je peux désormais souffler et ça fait un bien fou !

Si j’étais un objet, je serais : un appareil photo.

Si j’étais une couleur, je serais : le jaune sans hésitation possible, j’ai toujours aimé cette couleur souriante et ambivalente.

Si j’étais un pays, je serais : très certainement un pays nordique pour les paysages à couper le souffle, la neige, la glace, les couleurs vives des maisons en bois, la philosophie de vie, la réussite scolaire sans passer par les notes, le système social, l’écologie…

Si j’étais un son, je serais : le crépitement du feu 🙂

Si j’étais une odeur, je serais : l’odeur du munster fondu ! Et plus généralement, l’odeur des fromages… j’aime entrer dans une fromagerie rien que pour ça !

Si j’étais une saison, je serais : l’été, j’ai trop froid le reste du temps…

Si j’étais un couple (ou duo), je serais : aucune idée, mes références cinématographiques sont trop faibles et mes références livresques sont trop souvent dramatiques !

Si j’étais une fleur, je serais : une mignonne petite fleur jaune comme le genêt à balais.

Si j’étais un poème, je serais : aucun ! Je n’ai aucune sensibilité pour la poésie…

Si j’étais un proverbe, je serais : « à chaque jour suffit sa peine » (et il y a malheureusement des jours qui comptent double voire triple).

Si j’étais un moment de la journée, je serais : le matin, même si je ne suis pas matinale… C’est le moment où les douleurs liées à l’endométriose se font le moins ressentir (j’ai mal au ventre tous les soirs)…

Si j’étais une date, je serais : le 28 avril 2013, le premier bisou avec mon chéri-mari ❤

Si j’étais un objectif, ce serait : avoir un enfant enfin…

Si j’étais un souvenir d’enfance, je serais : les heures à oublier le temps qui passe et tout ce qui m’entoure en dévorant des livres (mais non je ne suis pas asociale !).

Je ne nomine personne car ce n’est plus d’actualité… mais en profite pour vous remercier de vos attentions, commentaires… de votre soutien, votre empathie…

Quand l’attente se compte en années

Je n’ai pas toujours voulu avoir un enfant, je pourrais carrément dire que, pendant longtemps, je n’en ai pas voulu. J’étais même horrifiée de voir ces gros ventres caressés allègrement, ces vêtements de grossesse, cette soi-disant plénitude… Il y avait quelque chose que je ne comprenais pas. Comment les gens pouvaient-ils avoir envie de se reproduire alors que la vie n’est que souffrance ? Oui, je suis de nature très optimiste, vous en conviendrez.

Et puis, j’ai vieilli, mûri peut-être. Petit à petit, j’ai arrêté d’avoir envie de mettre des coups de pied dans les ventres des femmes enceintes. Et même si l’image de la femme accomplie enceinte ne m’attirait toujours pas, le rejet est devenu moins fort. Certaines amies ont commencé à avoir des bébés, j’ai retrouvé les « réflexes » acquis à la naissance de mon petit frère. Changer un bébé, l’habiller, le porter, jouer avec, j’ai toujours apprécié et je me suis toujours sentie à l’aise.

Alors que j’étais avec mon ex et que j’avais passé ce fichu cap de la trentaine – très douloureux – j’ai toujours eu peur de vieillir (et de mourir), j’ai commencé à m’interroger sur une possible maternité. Cette réflexion m’a pris deux ans, deux ans pendant lesquels nous n’avions d’ailleurs plus de relations sexuelles, ce qui de toute façon compromettait juste TOUT ! Je me demande encore pourquoi j’ai autant traîné à prendre cette décision de le quitter alors qu’elle semblait inéluctable… La peur de l’échec probablement…

Mon chéri n’était jusque là qu’un ami mais nous nous sommes rapidement rapprochés. Ce n’était pas prévu dans mes plans, j’aspirais davantage à la solitude qu’à une nouvelle vie de couple.

Et moi qui avais toujours détesté les comédies à l’eau de rose, le romantisme fiévreux, les déclarations enflammées, j’ai bien dû me rendre à l’évidence. J’étais réellement folle amoureuse de mon chéri, à un point tel qu’avoir un enfant de lui ne me faisait pas peur et même… me faisait envie. Nous nous sommes rapidement lancés et la première année d’essais est passée sans trop y penser.

La suite – pour la plupart vous la connaissez – se passe en PMA. Un premier rendez-vous, des examens, une première explication (trompe bouchée), une deuxième explication (endométriose) puis une opération (cœlioscopie). À chaque étape, c’est un nouveau coup de massue, la joue en feu par les claques, les yeux brûlés par les larmes. Mais je ne mesure pas encore l’ampleur des dégâts, je pense – naïvement – que j’aurai bientôt un enfant.

Nous enchaînons ensuite trois inséminations, deux échecs, un positif ! Là, c’est juste le miracle, l’espoir incroyable qui renaît ! L’émotion est à son comble et, pour une fois, je pleure de joie. Je me souviens très bien de ces quelques jours absolument irréels – en apesanteur. Mais malheureusement, l’échec viendra une nouvelle fois sonner à notre porte. La diminution du taux n’est plus un coup de massue mais bien le coup de grâce. Je suis tellement anéantie que je pleure pendant trois jours sans m’arrêter. Depuis ce jour, j’ai arrêté de me projeter. Ça fait trop mal. Cet échec m’a fait comprendre que mon cas était sérieux et que l’espoir d’avoir un enfant commençait à réellement être mis à mal.

Après quelques mois de désespoir, nous nous sommes lancés dans les FIV. 2 FIV, 5 embryons et que des échecs. Des bonnes baffes dans la tronche, de la fatigue tout le temps, des larmes – beaucoup, des souffrances physiques – souvent, des souffrances morales – les pires. L’entourage de plus en plus maladroit, gêné, progressivement absent. J’ai fait le vide, je n’ai désormais presque plus d’amis, tant pis. Je ne suis pas seule pour autant, quelques irréductibles proches ont résisté au cataclysme et je vais toujours au roller, au club photo ainsi qu’au stade ou à la patinoire, bref je reste socialisée.

Je me rends surtout compte que je suis dans l’incapacité de me projeter. Aucune idée de ce que je ferai cet été par exemple. Mes échéances s’arrêtent à notre mariage (c’est bientôt !) et au prochain rendez-vous à Paris fin février. Je ne vois pas plus loin. Je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait. Trop d’incertitudes. Il est plus facile pour moi de regarder en arrière, de compter les échecs que d’espérer un avenir heureux…

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Lui aussi attend…