Lieux communs

Conversation très instructive entre deux collègues hyper fertiles, Hélène et Caroline :

H – Ma belle-soeur a eu un enfant il y a 10 ans avec un premier conjoint, maintenant elle aimerait un enfant avec son conjoint actuel mais ça ne vient pas. Penses-tu, speed comme elle est, ça ne peut pas marcher…

C – Moi, c’est ma cousine, elle a fait une grossesse extra utérine et après, elle aurait dû faire des FIV mais elle ne se sentait pas prête à ça. Du coup, elle a complètement abandonné l’idée de faire un enfant. Elle a acheté une maison avec son mari, elle s’est bien occupée avec ça et là, paf, elle est tombée enceinte.

H – Comme quoi, faut vraiment pas se prendre la tête et ça roule !

Mon médecin traitant que je consultais pour totalement autre chose :

– Voyons voir, j’ai reçu des résultats pour vous dernièrement. BHCG négatif. Oh mais ça va venir, faut pas s’en faire ! Vous savez, c’est souvent quand on y pense le moins que ça vient !

De la part d’un médecin… J’étais verte. Ceci dit, il a semblé légèrement ennuyé quand je lui ai parlé d’endométriose et d’adénomyose…

À croire qu’il n’y a qu’une cause psychologique à l’infertilité ! Les gens ne soupçonnent même pas une cause physiologique… Alors je vais attendre – sans y penser et sans pression – que ça fasse « paf » et voilà ! 😂

Ma mère me montre sa déco :

– Dans cet ensemble de cadres, je ne mettrai que les photos des petits-enfants.

Ma mère n’a-t-elle donc jamais conscience des coups de couteau qu’elle me plante en plein coeur ? J’ai pensé que la photo prise lors de l’hystéroscopie pourrait peut-être entrer dans la catégorie « petits-enfants » et imaginé la tête de ma mère pour me remonter le moral. 😁

FIV3

J’ai du mal à écrire ces derniers temps. Pas d’inspiration, pas de motivation, pas le temps… Il en est de même pour les blogs auxquels je suis abonnée. Je lis, je survole parfois, je commente rarement ou succinctement. Je crois que je n’avais plus trop envie de me plonger dans la PMA. Je mettais toute cette « merde » à distance même si ça restait présent au fond de moi. Mais ne pas avoir de prises de sang, de rendez-vous impromptus, au pied levé, des sueurs froides, des sueurs chaudes en attendant un résultat, une tristesse abyssale à la lecture d’un nouveau négatif m’a retapée. Enfin, j’espère.

Cela fait 3 mois que nous avons consulté pour la première fois la gynécologue de Paris. Nous avons refait des examens, j’ai beaucoup pleuré après l’échographie de comptage des follicules antraux. Pour rien puisque mon AMH demeure bonne (3,21) et puisque la gynéco de Paris a vérifié par elle-même, m’a trouvé 7 follicules à droite et 4 à gauche au 11ème jour du cycle, m’a dit que c’était très bien et qu’il y en avait peut-être même d’autres. Nos examens concluent ainsi à une endométriose modérée (stade III) et à une adénomyose bien présente. Se pose la question de la qualité des ovocytes, les embryons obtenus lors des deux premières FIV n’étant pas terribles et le sperme de mon conjoint n’étant pas en question.

Parfois je suis un peu triste d’être la seule « coupable » de notre infertilité. Je m’en veux. Je pense que mon chéri n’a pas trouvé la bonne personne. En tout cas, pas celle capable de lui faire un enfant en claquant des doigts. Ni même en patientant quelques mois. La biologiste lui a dit, il est « parfait ». Enfin son spermogramme. Même la décondensation et tout le tralala que nous avons payé les yeux de la tête. L’acupuncteur aussi me l’a redit, « parfait ». Il a même ajouté : « dommage pour les cinq jours d’abstinence, avec deux ou trois jours seulement il aurait été encore plus parfait ». Voilà. Mon chéri peut donc parfaitement se reproduire. Mais pas moi. La gynéco de Paris veut pousser les embryons à J5 : j’ai peur. J’ai peur de ce verdict. J’ai peur de l’absence de survivants. J’ai peur de ce que cela signifierait probablement. Don d’ovocytes.

En attendant, je prends méticuleusement chaque matin mes vitamines de riche. Cinq gros comprimés en tout. J’ai peur de m’étrangler, d’ailleurs certains matins je n’en suis pas loin. Moi qui ai toujours eu des difficultés à avaler des comprimés râpeux, je suis servie. Surtout que deux sentent les herbes à plein nez et que de bon matin, ça m’écœure véritablement. Sur conseil de la biologiste, j’ai aussi entamé une modification de notre alimentation. Nous essayons de consommer davantage de fruits et légumes, nous mangeons bio au maximum et/ou local. J’achète les aliments de base et je cuisine plus. Nous avons mis fin à notre « addiction » au cola, avons drastiquement réduit notre consommation de cafés. Mon crève-cœur concerne mes repas du midi ; payée pour manger avec les enfants de l’hôpital, j’ai bien souvent l’appétit coupé devant ce que nous devons avaler. De la nourriture bas de gamme, sans saveur et – je le sais – remplie de pesticides, de colorants, de conservateurs, de perturbateurs endocriniens. J’ai parfois l’impression de ruiner mes efforts quotidiens.

Depuis 13 jours, j’ai repris le chemin des piqûres quotidiennes. Décapeptyl, ce nom me faisait peur. Je pensais, ça doit décaper. Effectivement, ça commence. Ma peau est devenue toute granuleuse avec plein de petits boutons blancs. Je me sens moche. J’ai eu pendant plusieurs jours mal à la poitrine. Et j’ai des démangeaisons. Je n’ai pas voulu lire la liste des effets secondaires, ça m’aurait achevée j’en suis certaine. Aujourd’hui, je vais un peu mieux. J’ai eu mes règles cette nuit. Le cycle est lancé, le compte à rebours aussi. Demain, échographie et prise de sang. Si tout va bien, demain soir l’infirmier m’injectera du Pergoveris en plus du Décapeptyl. 300UI. Ça va saigner. Enfin, façon de parler mais cette dose de cheval m’effraye ! J’essaye de ne pas penser à la suite, surtout au stress de gérer une stimulation à distance et devoir me déplacer à Paris à la dernière minute, quand on me le demandera. J’ai décidé que je trouverais des excuses à la con pour mes collègues. Tant pis si elles ne me croient pas. Mon chef est au courant, c’est le plus important.

La Bulle.

Oui, je mets une majuscule à Bulle car ma Bulle est assez impressionnante en ce moment. A peine touchée par le rendez-vous avec la gynéco de Paris et la biologiste. Je sais pourtant que demain matin je devrai faire une prise de sang et que, selon le résultat, FIV3 débutera (ou non mais ce ne sera qu’une question de jours). Je sais aussi que j’ai rendez-vous à Paris la semaine prochaine avec l’anesthésiste et un acupuncteur et que j’ai donc dû demander une autorisation d’absence à mon chef. Je sais tout ça, je me souviens de mon stress devant les papiers à remplir, les prises de sang à refaire (sérologies notamment), les informations engrangées à toute allure en très peu de temps. Mais rien n’y fait, je reste dans ma Bulle.

J’ai mis un couvercle sur mes émotions, mes craintes, mes interrogations liées à l’infertilité. Je me suis mariée avec mon chéri-mari d’amour, nous sommes partis quelques jours à l’étranger (j’ai pu vérifier que je parvenais à peu près à me faire comprendre en anglais – c’est rassurant) et avons véritablement fait les touristes (balades, visites, photos). Nous sommes revenus, avons pris le train pour Paris et revu Super Souris sous la Pluie (encore une majuscule, c’était la tempête). C’était bien, c’était rapide, c’était fatigant !

Et voilà, je crois que je n’ose guère le penser – et encore moins le dire – mais la gynéco de Paris m’a redonné un peu d’espoir. Pour une fois, je m’autorise à croire que… je serai enceinte un jour j’aurai de beaux embryons J5. L’explication se situe là précisément, la gynéco de Paris préconisant une congélation des embryons pour un transfert ultérieur, je me sens libérée d’un sacré poids. Même si j’ai peur que les embryons ne tiennent pas, qu’il n’y ait rien à congeler, je n’ai pas à me projeter sur un transfert, des journées interminables avant la prise de sang, des larmes à la lecture d’un nouvel <5ui…

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