Réflexions.

  • Alors, comme ça, TU ne peux pas avoir d’enfant ?

Cette phrase, pourtant prononcée avant l’échec cuisant de la FIV3, tourne en boucle dans ma tête ces derniers temps. Quelques mots d’une tante, pour comprendre, sans doute. Des mots cruels parce qu’ils sont désormais entièrement vrais. Je ne PEUX pas, parce que mes ovocytes sont pourris. J’ai une explication mais pas de solution satisfaisante. J’ai pris mes rendez-vous (IRM, chirurgien, gynéco de Paris) et il faut encore attendre un mois. Autant dire, une éternité.

Une éternité parce que pendant ce temps-là, mes pensées ne s’arrêtent plus. La gynéco de Paris a évoqué le don d’ovocytes comme (dernière) alternative, s’il n’est pas satisfaisant d’opérer mon endométriose. Alors, j’y pense. J’en pleure. J’y réfléchis. Je m’en rends malade par moment. Je fatigue. J’enrage. J’envie (les autres). J’espère un miracle (oui, oui, le bébé couette ! Il vous parle celui-là, j’en suis certaine !). Je désespère. Et j’attends. Et je mélange tout, absolument tout.

Ma peur d’avoir un enfant qui ne me ressemble pas. Mon malheur de ne rien pouvoir produire de bon. Ma crainte de moqueries : l’appellera-t-on « bâtard » à l’école s’il/elle en parle ? Ma trouille d’un rejet : « tu n’es pas ma mère ». Ma gêne face à ce que je considère plus ou moins comme une manipulation génétique. Mon désarroi face à la difficulté et à la longueur du parcours. Ma fatigue des traitements, ma lassitude du monde médical. Et ce questionnement, lancinant : cela en vaut-il la peine ? Parfois, à force d’attente déçue, j’en viens à me demander si je veux vraiment un enfant. Si ce n’est pas une grosse connerie parce que peut-être il connaîtra la guerre. Ou le chômage. Ou la maladie. Parfois j’ai peur de le rendre malheureux comme j’ai pu l’être. Parfois, j’en viens à penser que c’est peut-être ma tête qui a tout manigancé pour que mon corps ne puisse pas faire cet enfant. Je repense aux mots du microkiné : « vous n’êtes pas à la bonne place » et « il faudrait savoir pourquoi il ne fallait pas que vous soyez l’aînée ». Et comme je ne sais pas, je me dis que la solution du problème est peut-être là. Que j’aurai peut-être un enfant grâce au don d’ovocytes et ensuite un enfant naturel. Que j’aurai ainsi écarté la transmission maudite, la malédiction de l’aîné. Et plus je pense ainsi et plus je me fais peur. Du coup, je préfère l’écrire ici.

  • Dis, Lorie, tu as un bébé dans le ventre ?

Question innocente d’un enfant de 7 ans, au travail. Je ne savais plus où me mettre. A-t-il perçu mon ventre énorme et douloureux de ces dernières semaines ? J’ose penser que ces douleurs, ces ballonnements, ces gonflements sont liés aux derniers traitements pour la FIV3. J’ose espérer que ça va passer mais j’ai aussi très peur qu’il ne s’agisse d’une nouvelle attaque de l’endométriose. J’ai si mal à l’ovaire gauche, là précisément où il y a le fameux kyste qui bouffe tout sur son passage (y compris les ovocytes – et lors de la ponction, la gynéco de Paris avait dû en laisser deux au risque de transpercer le kyste…). J’ai tellement mal au ventre et mon ventre est tellement énorme que je me crispe pour lutter contre la douleur, du coup j’ai très mal au dos. Et je me crispe aussi pour rentrer mon ventre au maximum. J’ai beaucoup trop peur d’une remarque déplacée – ça m’était déjà arrivé il y a quelques années alors que j’avais pris quelques kilos. « Mais… mais !! Tu es enceinte !!!!! » avec une main en approche, prête à caresser mon ventre !…. Je m’en souviens encore… Quelle horreur…