La chute.

Hier soir, cours de roller en extérieur. Je me demande encore ce qu’il a bien pu se passer. Debout, j’ai voulu prendre un bonbon que me tendait une collègue de roller (la gourmandise me perdra). Je me suis retrouvée par terre, les quatre fers en l’air, sonnée, voyant trente-six chandelles, l’oreille gauche soudainement bouchée. Impression d’être passée de l’autre côté de la barrière. Une douleur vive, aiguë, au coude gauche.

Timidement, j’ai effleuré mon front, mes bras, j’ai regardé mes mains, je me suis demandé si j’étais encore complète. Je me suis assise. Mal partout. Mal aux fesses sur les cailloux. La gorge sèche. Le cœur nauséeux. Et les autres autour, qui me parlaient, mais je ne comprenais pas grand chose. J’ai touché l’arrière de mon casque ; cassé. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance. Je n’avais pas encore mis les protections des mains et des coudes, j’ai la peau arrachée mais j’avais mon casque fort heureusement car ma tête a heurté le trottoir.

Malgré la douleur, je n’ai pas pleuré, j’ai bu un peu d’eau, nettoyé mes plaies et mis mes protections. Je me suis relevée seule, refusant la main tendue du professeur – par fierté sans doute. J’ai suivi toute la sortie – 1h30 – en serrant les dents. On m’a trouvée forte. Mon chéri, quand je lui ai montré mes blessures – mon coude énorme ! – m’a dit que j’aurais dû me rendre aux urgences. Mais la vérité c’est que depuis des années j’encaisse beaucoup plus facilement la douleur physique que la douleur morale.

chute roller

Les félicitations.

La voiture de mon chéri, âgée de 10 ans, 200 000 kilomètres au compteur, montrait de plus en plus de signes de faiblesse. Même si cela faisait un peu mal au cœur à mon chéri – difficile d’abandonner sa première voiture, nous lui avons cherché une remplaçante. Et nous avons trouvé ! Une jeunette d’un an avec 11 000 kilomètres seulement, faible consommatrice de carburant et prête pour de nouvelles aventures. J’ai été très surprise lorsque nous avons signé les papiers et que le commercial nous a félicités ! J’avais oublié que ce genre d’occasion s’y prêtait pourtant bien.

Quelques jours plus tard, j’ai passé un entretien pour changer de service. Ayant déjà essuyé plusieurs déconvenues ces derniers temps, je m’étais beaucoup moins mis la pression. Je n’en avais parlé à personne et je n’ai même pas pris la peine de réfléchir à ce que je dirais. Je pensais que, comme les dernières fois, les dés étaient joués à l’avance et que mon argumentaire ne saurait rien faire changer. J’ai tout de même répondu consciencieusement aux questions. J’ai souri et respiré fort par le ventre. Et, étrangement, en repartant j’ai eu l’impression de m’être bien débrouillée et, surtout, pour la première fois depuis fort longtemps, je n’ai rien trouvé à redire à mes réponses. Habituellement, je me reprochais systématiquement d’avoir mal répondu ou de ne pas avoir su m’expliquer correctement. Cette fois, j’ai eu un bon pressentiment. Et j’ai eu raison puisque trois jours après, mon chef s’est approché de moi et m’a félicitée ! J’étais étonnée et pourtant c’était encore une bonne occasion pour le dire.