Auto – félicitations

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas envie de parler de PMA mais d’un autre domaine de ma vie qui prend pas mal de place. Je ne sais pas trop comment nommer ça précisément, on va dire qu’il s’agit du vaste domaine de l’écologie, du zéro déchet et du « consommer bio et responsable ».

A ma connaissance, j’ai toujours eu la fibre verte, « écolo » et au travail, on m’a souvent chambrée pour cet aspect. Car oui, j’engueule mes collègues quand elles ont le malheur de mettre du recyclable dans la poubelle normale, je récupère toute feuille de papier A4 utilisée seulement d’un côté pour la remettre dans l’imprimante, je râle contre la « pathologie » de certaines – très dépensières et amatrices de vêtements à petits prix (et donc à fort impact sur l’environnement)… Depuis plusieurs mois, je me suis mise à consommer plus « bio » et plus local quand cela est possible. J’ai encore des progrès à faire dans ce dernier domaine – trouver comment éviter aux aliments de faire quatre fois le tour de la planète avant d’atterrir dans mon assiette. A ma décharge, habitant à la campagne, il n’est parfois pas simple de concilier local – bio – zéro déchet. Alors je fais au mieux ! Parce que faire 30 km pour acheter un aliment bio, c’est peut-être un gain pour ma nourriture mais pas pour ma voiture (et donc l’air). Bref !

Depuis quelques mois, je m’essaye à faire le plus de choses moi-même, à commencer par les repas. J’ai l’impression de passer beaucoup plus de temps en cuisine mais en même temps de beaucoup plus apprécier ce que je mange – ça compte. Outre les classiques confitures, j’ai cette année pas mal innové avec des bocaux de tomates séchées, du sirop de menthe du jardin, du kéfir, du pain ou même de la pâte à tartiner aux noisettes. J’ai réduit mes produits ménagers au strict nécessaire (vinaigre, bicarbonate, savon noir) et je fabrique moi-même ma lessive et mes tablettes pour le lave-vaisselle (que nous utilisons après avoir reçu des invités). Concernant les cosmétiques, comme je ne me maquille que trois fois par an, j’ai investi dans un tout peu de maquillage bio, et pour les cheveux et la douche je n’utilise qu’un shampoing solide, autant dire que le bord de la baignoire est bien dégagé !

J’arrête aujourd’hui ce petit bilan « diminution de mon empreinte écologique » mais j’espère ajouter bientôt d’autres réalisations !

Apprendre à recevoir

La nuit porte conseil, dit-on. Mais une nuit, pour résoudre un dilemme de PMA, c’est loin d’être suffisant. Il m’a fallu plusieurs nuits, beaucoup même, quelques rêves et des cauchemars. Car oui, quand quelque chose me tracasse, c’est toujours mon sommeil qui est impacté en premier lieu. Cet été, j’ai planché sur un sujet de la plus haute importance : accepter de devoir recourir au don d’ovocytes. Ou non. 

La première étape à franchir a finalement été la plus simple et la plus salvatrice : prendre rendez-vous au CECOS (Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains – cette histoire d’oeuf et de sperme humains m’a fait marrer – oui parfois je ris de peu) de ma région. J’ai appelé mi-juillet et obtenu un rendez-vous mi-septembre, petit délai appréciable et permis grâce à un désistement. Ce rendez-vous ayant lieu à une bonne heure de route de chez nous et tôt dans la matinée, nous avons décidé, avec mon mari, de poser la journée entière afin d’aller ensuite au restaurant puis aux thermes. Une belle journée en perspective même si je ne manque pas de m’inquiéter 1- de la teneur de ce rendez-vous et 2- de la conclusion de ce même rendez-vous.

La deuxième étape a été de regarder autour de moi, d’échanger avec des personnes éventuellement concernées par la question. J’ai observé mes nièces et j’ai décidé qu’elles ne ressemblaient pas tant que ça à leurs parents. J’ai surtout eu l’impression qu’elles ressemblaient d’abord à des bébés avant de ressembler à quelqu’un particulièrement. J’ai échangé avec mon cousin, bientôt proche de la cinquantaine, qui, plus jeune, voulait avoir des enfants mais n’avait pas trouvé la compagne adéquate. Il m’a expliqué ne pas avoir totalement renoncé à son projet mais l’avoir aménagé car il se doute bien qu’étant donné son âge, peut-être qu’il rencontrera un jour une femme avec des enfants. Il se fera alors un plaisir de participer à leur éducation.

J’ai également revu des amis de l’époque de la faculté pour lesquels j’ai toujours gardé une sincère amitié malgré la distance. Partager avec eux le vécu de la PMA et du don m’a véritablement aidée à dédramatiser. Mes amis ont eu un bébé il y a 9 ans, décédé quelques semaines après sa naissance d’une maladie génétique liée au mélange de leurs gênes. La maladie n’étant pas identifiable par DPI (Diagnostic Pré Implantatoire) des embryons, mes amis ont dû faire appel au don afin d’éviter un nouveau risque de transmission. Ils se sont d’abord ruinés avec un don d’ovocytes en Espagne, qui a malheureusement échoué, puis ont tenté le don de sperme en France. De ce don sont nés deux jolis bébés, deux petites frimousses trop craquantes. Mes amis m’ont questionnée sur ma vision du don et je leur ai avoué mes craintes : celle de ne pas savoir comment parler du don à mon enfant, celle – terrible – de ne pas le reconnaître comme étant mon enfant à la naissance, et celle – insupportable – que plus tard mon adolescent me balance cette phrase assassine « d’abord tu n’es pas ma mère »… Lui a souri de l’évocation de mes peurs et m’a confirmé se poser exactement les mêmes questions. Nous avons même rigolé car lui étant petit, sa crainte est d’avoir des enfants très grands alors que moi, étant grande, j’ai peur d’avoir un enfant trop petit ! C’est peut-être con à dire mais ça m’a énormément rassurée de me sentir comprise à ce point. Pour une fois, je ne me suis pas sentie seule avec mes angoisses. Je crois que je ne saurai jamais leur exprimer ma gratitude. Ces amis sont une pierre sur mon chemin, une pierre de taille. Un exemple d’abnégation et de résilience.

La troisième étape a concerné la réflexion autour de ma famille et de la transmission. De tout temps règne dans ma famille un climat dépressif. Ma mère d’abord pendant de longues années sans qu’elle soit véritablement étiquetée ainsi. Moi, ensuite, qui ai pris des anti-dépresseurs pendant quelques mois car le médecin pensait que mes maux de ventre étaient dû à l’anxiété et à l’humeur triste que je pouvais parfois présenter. Si je reconnais ne pas être toujours la personne la plus positive de la terre, force est de constater qu’il y avait (et qu’il y a toujours !) une explication bien rationnelle à mon mal-être, j’ai nommé l’endométriose de merde ! Car oui, cette merde me pourrit l’existence par des douleurs perpétuelles, un ventre parfois énorme, des soucis digestifs récurrents et des règles à tomber… Avouez qu’il y a de quoi avoir le moral sérieusement entamé… Enfin, mes soeurs ont sombré l’une et l’autre dans une pseudo dépression, l’une après un accouchement, l’autre à cause d’une surcharge de travail depuis bien trop longtemps. Dans ma famille, il y a une sorte de chape qui plombe tout le monde et il est d’ailleurs marrant de constater que nous avons chacune choisi des conjoints heureux de vivre, toujours de bonne humeur. Cet état dépressif familial, c’est bien entendu quelque chose que je ne souhaite pas transmettre et je me suis demandé si le don d’ovocytes ne permettrait pas ça, justement.

Cet été aura été vraiment bénéfique et éclairant parce que je me suis laissé le temps de résoudre mon problème tout en examinant la situation sous tous ses angles. Je ne peux pas encore dire que j’accepte le don avec enthousiasme mais je me sens beaucoup plus sereine à cette idée. Il y a encore parfois de petits moments d’hésitation, des questions : et si on faisait une quatrième FIV, le résultat serait-il différent ? Et si je me faisais opérer et que ça marche ensuite (naturellement ou avec inséminations) ? Et si… Ces questions, je parviens à les tempérer notamment parce que l’endométriose de merde s’est vachement réveillée depuis la FIV3. Je n’ai aucune envie de revivre une stimulation à doses de cheval, je n’ai plus envie de nourrir mon corps avec toutes ces hormones de synthèse. J’ai bien trop mal ces derniers mois pour envisager d’y revenir sérieusement…

Le chien de la SPA

Il y a quelques mois, nous est venue l’idée d’adopter un deuxième chien. Nous avions déjà un petit doudou tout poilu depuis plusieurs années et commencions à craindre qu’il ne s’ennuie. Nous avions également envie de faire une bonne action et de ne pas acheter un chiot mais plutôt d’offrir un joli cadre de vie à un pauvre toutou malheureux. Profitant de portes ouvertes à la SPA du coin, nous sommes allés y faire un tour. Je n’avais encore jamais mis les pieds dans un refuge, autant vous dire que cette expérience a été très difficile pour moi. Voir toutes ces pauvres bêtes enfermées, imaginer leur parcours, les abandons, la maltraitance… Les entendre pleurer… Aboyer pour être sortis en promenade… Dans l’attente d’un câlin ou d’un gâteau… J’ai fondu en larmes. Quand j’ai réussi à renifler moins fort, nous avons pris le temps d’observer les chiens. Nous n’étions pas trop exigeants, nous voulions simplement un chien suffisamment âgé pour qu’il n’ait pas envie de jouer avec le petit (celui-ci aimant la tranquillité et étant vite énervé par les autres chiens trop vifs) et pas trop gros.

Ce chien de la SPA, nous ne l’avions d’abord pas vu. Il restait au fond de sa cage, loin, assoupi, ne semblant pas tenir compte de l’agitation autour de lui. Lorsqu’une dame l’a appelé par son prénom, il est venu la voir et nous avons craqué. Il avait l’air tout doux, très gentil, calme. Il était beau, tout plein de poils. Nous avons promis de revenir le voir avec le petit chien, afin de tester leur entente. Quelques jours plus tard, le chien de la SPA, tenu en laisse par mon mari, est venu à la rencontre du petit chien, qui n’a pas bronché – lui d’habitude si prompt à aboyer sur n’importe quel animal à portée de truffe. Après quelques caresses et observations, nous avons adopté ce chien. Le trajet jusqu’à la maison fût par contre épique, le chien voulant à tout prix venir devant et aboyant pendant tout le trajet…

Les jours – et même les semaines – qui ont suivi ont été fort difficiles. Le chien de la SPA faisait pipi partout dans la maison dès que nous étions là mais jamais quand nous étions absents ou la nuit pendant notre sommeil. Avec le temps, nous avons compris qu’il lui faudrait du temps pour faire confiance mais l’équilibre a été long à trouver. Par moments, je désespérais de parvenir à une harmonie au sein de la famille. Je ne me sentais pas rassurée lorsque des personnes venaient à la maison car elles voulaient systématiquement le caresser alors qu’il valait mieux l’ignorer dans un premier temps afin qu’il ait le temps d’appréhender la situation. Je me suis posé la question de le ramener à la SPA parce que je me sentais démunie. J’ai bien fait de faire confiance à mon mari, convaincu que nous parviendrions à vivre de belles choses avec ce chien. Car, effectivement, au fil du temps, le chien a arrêté de faire pipi dans la maison et nous nous sommes rendu compte qu’il était capable d’apprentissages malgré son âge (s’allonger au sol pendant notre repas, revenir à l’appel de son nom en promenade, donner la patte une fois assis, etc.). Il s’était mis à apprécier nos câlins et adorait faire de petites bêtises avec le petit chien.

Pour le faire garder lors de nos vacances, nous avions trouvé une pension pour chiens tenue par une dame très gentille qui un jour m’avait avoué ne pouvoir avoir d’enfants et reporter ainsi son affection sur les chiens et les chats qu’elle élevait et accueillait. Nous avions peur que le chien se sente de nouveau abandonné mais avons rapidement été rassurés. Le chien était toujours content de se rendre à la pension, tout comme il était content de rentrer à la maison.

Il y a une semaine, alors que nous étions en voyage à l’autre bout de la France, la dame de la pension nous a appelés. Notre chien (qui avait un gros souffle au cœur et était sous traitement) a fait une crise cardiaque et est décédé chez le vétérinaire, celui-ci ne parvenant pas à le ranimer. Le ciel s’est dérobé sous nos pas et nous avons longuement pleuré, désespérés de ne pas avoir pu l’accompagner et être auprès de lui pour ses derniers instants.

Aujourd’hui, nous sommes allés récupérer ses affaires à la pension et cela a été très douloureux. Nous avons aussi repris le petit chien, qui va à nouveau se retrouver tout seul. Nous sommes tellement peinés… et avons encore un peu de mal à réaliser. L’impression que tout cela est irréel et qu’il va revenir à la maison demeure présente… Je l’imagine la tête enfouie entre les pattes comme quand il dormait le soir et ça me fend le cœur. Je regarde cette photo de lui, tout sourire dans le jardin, cette photo que j’ai envoyée à la SPA pour leur annoncer son décès, et les larmes roulent sur mes joues.

pattes-chien

Suspendue – 2

J’ai l’impression que ma vie est tellement palpitante qu’elle s’écrit en plusieurs tomes. Bon, c’est surtout parce que mon dernier article a connu un raté… je dois ainsi tout réécrire…

J’ai beau être en pause, je n’en reste pas moins toujours dans l’attente de la suite et ça, c’est difficile à accepter à terme. Depuis 4 ans d’essais, presque 3 ans de PMA (une cœlioscopie, 3 inséminations, 3 FIV – ça c’est juste pour les petits jeunes au fond de la classe), je me rends compte de cette double injonction qui pèse de plus en plus lourd, à la fois ne plus parvenir à se projeter dans le futur et à la fois attendre que quelque chose se passe – mais quoi et quand ? En tout cas, j’ai bien compris que mes ovocytes sont pourris et que je suis obligée de me raccrocher aux dernières prescriptions médicales.

J’ai voulu contacter le chirurgien pour me faire opérer, il m’avait donné un choix de dates en septembre, je lui ai répondu mais visiblement trop tard ! Il est en vacances… merci août. Je n’ai donc pas de date d’opération ce qui m’arrange à moitié. J’aurais aimé pouvoir me projeter par rapport au travail et m’organiser pour les billets de train, histoire de ne pas payer trop cher à la dernière minute. Et conjointement à cela, je suis quelque part bien contente de ne pas (encore) me faire opérer… Bref, c’est le fouillis dans ma tête. Avoir besoin d’une date qui rassure mais être soulagée de ne pas en avoir… c’est un peu comme quand on attend J1 et qu’on se prend à rêver… et que le couperet tombe rapidement.

J’ai par contre réussi à contacter le centre de ma région pour le don d’ovocytes et mon mari et moi aurons rendez-vous mi-septembre. Je commence déjà à m’inquiéter de ce qu’on va me demander. Si on fait une évaluation psychologique de ma petite personne, c’est certain je serai recalée ! Je me sens encore mal à l’aise avec cette idée de don, même si j’y pense de plus en plus. Je crois que ce qui m’est le plus difficile, c’est d’accepter de reconnaître que j’ai besoin d’une autre personne pour fabriquer un bébé. Pourtant, j’arrive très bien à l’écrire – et même à le dire – que mes ovocytes sont pourris et que je n’en peux plus des traitements qui réveillent l’endométriose de merde ! Mais ma solution à moi, ce n’était pas le don d’ovocytes… Ma solution à moi, c’était le bébé miracle (sous la couette de surcroît !) auquel on ne s’attend plus et qui n’arrive qu’aux autres ! Vous savez, la cousine du fils de la coiffeuse… J’aurais voulu que ce soit moi mais il n’y a pas de coiffeurs dans ma famille.

Mon cerveau marchant toujours à plein régime, impossible de le couper la nuit… J’ai changé de travail début juillet – il y a un mois donc – et j’ai mis tout ce temps à ne pas dormir ! J’ai cogité à cause du boulot (les pathologies des adolescents, c’est quand même bien plus violent que celles des enfants) et quand parfois je suis parvenue à m’assoupir, j’ai fait des rêves très parlants… Il y a bien sûr eu celui où je rêvais que j’avais une petite fille issue du don (marrant d’ailleurs que ce soit une fille alors que je me suis toujours projetée avec un garçon… mais je vous le dis, fille ou garçon peu importe, je veux UN BÉBÉ EN BONNE SANTÉ !) et puis il y a eu celui où j’oubliais de prendre les cadeaux pour mes neveux et nièces… Un bel acte manqué qui me mettait vraiment mal à l’aise… Mais je sais très bien pourquoi j’ai rêvé de ça, parce que les cadeaux que je choisis pour les bébés et les enfants de mon entourage, ce sont ceux que j’aimerais (me voir) offrir à mon bébé… et parfois, je trouve cela injuste… Et puis, il y a eu ce dernier rêve où l’on me disait que le suivi à Paris, c’était franchement de l’arnaque. J’avoue, j’ai eu aussi ces pensées fin juin après avoir lâché beaucoup d’argent pour une IRM qui a simplement confirmé la présence d’endométriose, un rendez-vous avec le chirurgien qui a conclu qu’il semble indiqué d’opérer et enfin un rendez-vous avec la gynécologue de Paris pour confirmer l’opération tout en reconnaissant qu’il faudra de toute façon vraisemblablement faire appel au don d’ovocytes… Franchement, tout ça, je le savais déjà, ça avait été l’enseignement de la FIV3 sans J5 alors j’ai un peu eu les boules et l’impression d’être une vache à lait à ce moment-là…

Enfin, avec le début des vacances, j’ai enchaîné deux jours de diarrhée (de rien pour les détails !) puis J1, J2, J3… et leurs douleurs coutumières… Je commence tout juste à voir le bout de tous ces tracas et à retrouver un semblant de sommeil. Et plus que quelques jours avant que mon mari ne soit en vacances, j’ai hâte ! ❤

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