La peur n’évite pas le danger.

Hier soir, en sortant du match de foot, je me suis rendu compte que pour la première fois depuis deux ans, je n’avais pas pensé aux attentats pendant le match mais après, en marchant sur la route, au milieu de la foule. J’ai alors repensé à cette sortie de concert quelques mois auparavant, dans un pays proche de la France. Et j’ai frissonné. Parce que quelque part, le danger est partout et que le craindre ne l’annihile pas.

Pourtant pendant quelques instants, j’ai cru être guérie du choc des attentats mais j’ai su qu’il n’en était rien. J’ai aussitôt imaginé les bombes, les hurlements, la mort. Pire les blessures irréparables.

Pour moi qui fréquente depuis des années, plusieurs fois par mois, des stades et des patinoires au coeur de groupes de supporters, j’ai vite compris qu’il n’était pas concevable de stopper mes loisirs malgré la peur panique qui m’étouffait juste après les attentats. J’ai petit à petit appris à contrôler ma respiration et à me concentrer sur les chants et l’ambiance. Mais il n’y a pas de recette magique. Il y a par contre cette reconnaissance, cette gratitude même, de pouvoir vivre en bonne santé et profiter justement de ces moments de fête au stade ou à la patinoire.

De retour sur le ring…

… et comme je le disais à mon mari en sortant du rendez-vous au CECOS, je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.

Ce qui est certain, c’est que le combat reprend – avec d’autres armes. La première s’appelle hystéroscopie diagnostique, la deuxième pilule et la troisième FIV ICSI 3 bis. On oublie – temporairement – le don d’ovocytes (et la cœlioscopie !). 

C’est le Dr Solution qui m’a rappelée pour m’informer que l’équipe suivait son avis pour « une dernière FIV avant de passer en don d’ovocytes ». Une hystéroscopie devra être réalisée afin d’observer mon utérus et je devrai prendre la pilule (grr) quelques cycles pour faire partir le kyste fonctionnel sur l’ovaire gauche. 

J’attends donc sagement mon ordonnance pour la pilule et l’appel de la secrétaire pour caler l’hystéroscopie. Sans pression. Cette dernière FIV, quelque part, c’est juste un bonus. 

On prend les mêmes et on recommence ?

Ou l’art de diagnostiquer le diagnostic…

Pour ce rendez-vous tant attendu au CECOS de ma région, mon mari et moi avions pris notre journée plutôt que de demander une autorisation d’absence et devoir ensuite retourner au travail. Je ne vous cache pas l’appréhension de découvrir un nouveau centre, les quelques ralentissements sur la route juste assez pour ajouter un poil de stress et les hésitations dans les couloirs. J’avais un peu l’impression d’avoir la corde au cou, persuadée que nous étions aujourd’hui présents pour une inscription sur les longues listes du don d’ovocytes de notre région. Et en même temps, j’étais un peu entre deux mondes, après une nuit de sommeil mitigée, un rêve stupide dans lequel j’étais enceinte… Enceinte oui, mais d’un jour ! Rêve précurseur d’un futur où nous pourrons tester les grossesses dès le lendemain du transfert ?!

Je n’ai guère eu le temps de retourner dans tous les sens les pensées qui me traversaient l’esprit que nous avons été appelés. Passer en avance, c’est cool ! Et se retrouver face à une médecin qui nous garde 45 minutes, c’est encore mieux ! Cette nouvelle médecin, que j’appellerai Docteur Solution (parce que, don d’ovocytes ou pas, la fin du parcours est proche… et même si elle n’est pas choisie, cela reste une solution… ou un dénouement), reprend tout dans l’ordre et le désordre. C’est le troisième médecin officiel à se pencher sur notre situation (mais en vrai, le quatrième car il y en a eu un officieux cet été), à soupeser notre dossier, à évaluer le poids sur nos épaules. A nouveau, nous devons raconter notre parcours, les 4 ans d’essais, les 3 ans de PMA, l’endométriose, la cœlioscopie, les inséminations, la grossesse biochimique, les deux FIV dans le premier centre, la troisième FIV à Paris. Je me sens lasse, j’attends qu’elle me dise qu’elle nous inscrit pour le don d’ovocytes. J’attends de pouvoir partir car le long combat de ces dernières années – et de ces derniers mois, pour l’acceptation du don d’ovocytes – m’a épuisée.

Au lieu de ça, Docteur Solution m’invite à passer dans le petit coin obscur de la salle pour une échographie endo-vaginale. Moi qui pensais y couper… même pas ! C’est dingue mais ça se termine toujours comme ça à un moment ou à un autre avec les gynécologues ! Elle me dit qu’elle voit un kyste d’endométriose sur l’ovaire droit et un kyste fonctionnel sur l’ovaire gauche. Pardon mais c’est pas l’inverse normalement ? Première surprise.

Nous reprenons nos places et elle nous annonce que notre dossier sera présenté à son équipe car elle ne peut pas prendre de décision seule et préfère avoir l’avis de tout le monde. Néanmoins, étant donné que je réagis bien aux stimulations, que mon AMH est bonne et que j’ai des ovocytes, elle pense que mon dossier n’est pas une indication pour un don d’ovocytes. Deuxième surprise.

Devant nos airs ahuris, elle nous explique comprendre que nous soyons éreintés par ce long parcours mais qu’il est tout à fait possible qu’une FIV fonctionne. De plus, il nous reste 2 FIV, la troisième n’étant pas comptabilisée puisqu’il n’y a pas eu d’embryons à transférer, et elle pense qu’il faut poursuivre. Elle ajoute que parfois ça marche à la quatrième FIV… et qu’ils poussent les embryons à J5. Ainsi, si nos embryons n’atteignent pas le stade requis, la FIV ne sera pas comptabilisée. Enfin, il faudra tout de même préalablement passer par la case opération.

J’ai eu beaucoup de mal à me réjouir tant j’avais préparé mon cerveau et mon corps au don d’ovocytes alors que pourtant, il y a quelques mois, ce sont précisément les mots que j’espérais ! Surtout, j’entends encore la voix de la gynéco de Paris me dire : « ça ne sert à rien de refaire une FIV, on n’obtiendra jamais rien de bon, vos ovocytes sont de trop mauvaise qualité ». Alors, qui a/aura raison ?

Un poil de stress

Je le lis tous les jours, c’est la rentrée pour tout le monde. D’abord pour le travail ou l’école. Ensuite pour la PMA. J’ai du mal à m’investir dans les lectures de stimulations, d’échographies, de contrôles. Je crois que ça me rappelle qu’une page s’est tournée cet été pour moi. Et j’ai peur de regretter. J’attends le rendez-vous au CECOS pour en savoir plus sur le don d’ovocytes. Mais parfois, une petite voix me chuchote qu’il me resterait théoriquement 2 FIV classiques – peut-être même 3 puisqu’il y a parfois des dérogations pour une cinquième… Je n’ai pas envie d’entendre cette voix car la FIV est une voie sans issue, je le sais désormais. Même si un petit doute plane parfois. Et ces horribles questions qui commencent par « et si… » me hantent.

Ne pas se laisser prendre à ce jeu du « et si ».

Lundi, c’était la date anniversaire du début de la PMA. 3 ans déjà. 3 ans sans résultat. Plus de 4 ans d’essais. Bientôt un 5ème Noël le ventre vide. Que le temps passe… Parfois je me surprends à m’en accommoder. Parfois j’enrage de ne pouvoir me projeter sereinement dans l’avenir. J’ai du mal avec l’incertitude, l’entre-deux qui me ronge. J’aime assez ma vie actuelle (hormis le travail – mais ça, c’est un vaste sujet !) mais sans enfant, il y a quelques petites choses que j’aimerais revoir (changer de maison par exemple). Je n’ose pas me lancer parce que « et si »… Parce que « peut-être »… Parce que je mets encore trop de points de suspension et pas de point final au chapitre de la PMA. Parce que le rendez-vous au CECOS, c’est dans six jours et que je m’impatiente tout autant que je m’inquiète !