Burn out.

C’est ce qu’a écrit le médecin traitant sur mon arrêt de travail.

J’ai longuement hésité à le consulter, estimant que le temps adoucirait ma peine, croyant qu’en faisant le dos rond, le soleil chasserait les vilains nuages noirs. Il a fallu LA journée de trop, celle qui est juste trop horrible, celle que tu passes à serrer les dents en espérant ne pas pleurer. Cette journée qui te fait penser que tu ne supporteras pas de revenir travailler, en tout cas pas dans ces conditions. Je n’ai tenu le coup que grâce à ce rendez-vous. Je n’ai pas pleuré, ni au travail, ni dans la voiture, ni à la maison en attendant le rendez-vous. Non, ça ne venait pas. J’étais comme paralysée, physiquement et psychiquement.

C’est dans la salle d’attente que je me suis réellement sentie mal, à force de tourner en rond, d’entendre des bribes de ma journée au travail, de me demander si je n’exagérais pas. Je n’étais plus paralysée à cet instant, mes jambes avaient envie de fuir et mes pensées déraillaient. Mais fuir, pour aller où ? Certainement pas au travail… Et mes pensées… Des mois, depuis le changement de poste en juillet, qu’elles me hantent. Jour et nuit. Des mois à ne presque plus dormir car je pense au travail. Au début, je pensais que c’était normal, parce que tout était nouveau et qu’il fallait que je m’adapte. Quatre mois plus tard, non seulement je ne me suis pas adaptée, mais en plus la situation est pire que tout.

Je ressasse. Je rumine. J’élabore. Je tourne les problèmes dans tous les sens. J’examine les situations sous tous les angles. Mais il n’y a aucune solution. Et je me lève chaque matin encore plus désabusée que la veille.

Je travaille en psychiatrie, avec des adolescents en crise (et pas seulement en crise d’adolescence… en crise tout court). Certains n’ont plus de parents, parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit et que leurs parents ne sont en aucun cas des repères pour un enfant. Il y a quelque chose de très cruel au fond pour moi qui suis une femme qui, depuis des années, rêve d’être maman de m’occuper de ces enfants sans parents. Cette triste réalité à laquelle je suis confrontée tous les jours ne m’aide pas à apprécier mon travail. Mais plus que cette question de la parentalité, c’est la dureté du travail qui m’épuise, la tension permanente, l’agressivité latente, la violence parfois quasi quotidienne. Et cette terrible impression de ne servir à rien.

L’autre jour, une stagiaire aide-soignante qui, visiblement, ne connaît rien au métier d’éducateur spécialisé m’a demandé : « toi en fait tu es là pour faire la police et surveiller les jeunes ? » Ça m’a fait tellement mal de me sentir réduite à un rôle de chien de garde… Et en même temps, est-ce que je peux lui en vouloir à cette jeune fille ? Elle a bien cerné ce que je fais. J’aboie – sans grand succès – toute la journée. On est bien loin des idéaux qui m’avaient poussée d’abord à entreprendre des études de psychologie (j’ai une Maîtrise) puis à entrer à l’institut régional du travail social de mon département… Je lui ai parlé d’apprentissage de l’autonomie et d’accompagnement, d’insertion ou réinsertion sociale, sans grand enthousiasme il est vrai. Car ce que je fais à l’heure actuelle ne nécessite aucun diplôme, aucune réflexion. Alors que c’est précisément ce que j’aime faire. Lire, écrire, chercher, comprendre, analyser. J’aime aussi me sentir utile auprès des autres mais la condition de base, c’est que ces « autres » reconnaissent qu’ils ne peuvent pas faire seuls et ont besoin d’être guidés. Les jeunes dont je m’occupe se foutent de tout.

J’ai déballé tout ça en vrac au médecin, à grand renfort de larmes, de sanglots, limite de convulsions. Il m’a écoutée patiemment, m’a demandé des nouvelles de la PMA et je lui ai parlé de l’injection de Décapeptyl, du deuil cet été de mes ovocytes au profit d’un don, du retournement de situation lors de la consultation auprès du CECOS de la région. Je lui ai expliqué ma lassitude et mes peurs. Je lui ai dit que je n’y croyais pas à cette FIV 3 bis.

Le médecin m’a donné un arrêt de deux semaines et m’a prescrit un petit traitement pour dormir le soir ainsi que des petits comprimés inoffensifs pour diminuer l’anxiété. Il m’a dit qu’il fallait mettre toutes les chances de mon côté pour la FIV – même si je n’y croyais pas. Qu’il préférait attendre avant de me donner des anti-dépresseurs. J’ai rendez-vous la veille de la fin de l’arrêt et j’angoisse déjà de ce que je vais lui dire. Je n’ai aucune envie de retourner au travail, j’ai une grosse boule au ventre rien que d’y penser. Mais si je n’y retourne pas, je ferai quoi ???

J’ai appelé mon chef pour le prévenir de mon arrêt et il m’a proposé de ne pas prendre l’arrêt mais de poser des congés à la place, afin d’avoir la prime complète l’année prochaine (au delà de 5 jours d’arrêt maladie par an, on n’a pas droit à la réversion de la prime). J’ai déjà eu 2 jours d’arrêt cette année et avec la FIV qui se profile, j’en aurai certainement quelques autres… et de toute façon, ça fait des années que je n’ai pas la prime entière (plus jeune, parce que j’étais tout le temps malade et ces dernières années, parce que la PMA est passée par là)… Je n’ai pas mis longtemps à réfléchir à sa proposition. Je prends les jours d’arrêt et j’aurai encore des jours à poser d’ici la fin d’année, ce qui veut dire que je ne devrais pas travailler énormément jusqu’à début janvier. Cette pensée me rassure un peu. Certaines journées au travail – celles qui concernent les diagnostics d’autisme – sont plus intéressantes que les autres, elles sont plus rares aussi et dans une autre ville mais je ferai en sorte de les privilégier.

Ça fait trois jours que je suis en arrêt et ma liste de ménopausée tombe à pic. Elle me permet de garder un certain cap même si pour l’instant, le stress de retourner au travail est encore très envahissant…

Les envies d’une ménopausée.

  • Aller chez le coiffeur
  • Ecouter de la musique très fort
  • Aller dans la piscine toute chaude juste pour faire trempette
  • Voir plein de matchs de hockey et de foot
  • Faire du roller
  • Aller chez le microkiné
  • Prendre rendez-vous chez l’ostéopathe
  • Manger du foie gras et des huîtres
  • Acheter des vêtements d’occasion (on peut en acheter plus sans se ruiner tout en sachant que c’est bon pour la planète)
  • Trouver un beau et, surtout, chaud manteau pour l’hiver
  • Ne pas me laisser bouffer par le travail
  • Inviter des amis et leur faire à manger de bons petits plats
  • Paresser dans le canapé avec le petit chien
  • Regarder une émission stupide à la télé
  • Jouer du piano et de la guitare
  • Lire tous les livres qui attendent sagement sur la table de nuit
  • Boire une bière bio
  • Continuer le tri dans la maison pour y voir plus clair

Parler du don de gamètes…

Le don de gamètes parlons-en le plus largement possible pour changer la donne en France. Pour ne plus que les couples actuellement en attente soient obligés de patienter plusieurs années avant de pouvoir recevoir un don ! Pour ne plus que les couples soient dans l’injonction de trouver des donneurs ou des donneuses, avec pour […]

via Des familles grâce aux dons de gamètes ! — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Un petit Déca (et l’addition ?)

Aujourd’hui, c’était hystéroscopie et j’ai souffert comme jamais (enfin si, comme lors de l’hystérosalpingographie). Putain de bordel de merde. Je ne suis pas grossière d’ordinaire mais là, j’ai vraiment eu mal mal mal. A tel point que j’ai dû appuyer fort sur mes yeux pendant l’examen pour ne pas pleurer. Et encore après dans la salle d’attente, j’ai dû sacrément lutter. C’est pas possible de s’infliger tout ça pour faire un gosse, non, vraiment, ça me dépasse.

J’ai attendu horriblement longtemps entre l’hystéroscopie et le rendez-vous avec Docteur Solution (en fait, c’était Docteur Solution bis), j’ai donc bien eu le temps de cogiter et de ressentir les coups d’électricité de l’utérus et des ovaires mécontents du traitement reçu de bon matin. J’ai repensé à ma première FIV, à mes pleurs, si douloureux, impossibles à arrêter après la ponction. A cette infirmière qui m’avait demandé si elle pouvait faire quelque chose pour moi. Je lui avais simplement dit combien je trouvais profondément affreux/triste/épuisant/injuste (rayer la mention inutile – mais y en a-t-il une ?) de devoir passer par tout ça pour (peut-être) fabriquer un enfant. Je crois que c’est véritablement à ce moment-là, après déjà trois ans d’attente, que j’ai réalisé que les choses ne seraient jamais simples. Et cette prise de conscience avait vraiment été douloureuse.

J’ai attendu presque deux heures dans la salle d’attente, avec mes douleurs de règles bien violentes, à m’en vouloir d’avoir oublié mon livre à la maison (sur le minimalisme, ça m’aurait au moins changé les idées !) et à vouloir baffer la maman à côté de moi. Que je vous explique la situation. Madame est venue avec son fils de trois ans environ (oui je suis forte en estimation !) et un couple d’amis, ledit couple d’amis – je le comprendrai plus tard – servant uniquement à garder le gamin pendant le rendez-vous de Madame. Alors, puisque ce couple était prévu pour garder l’enfant, pourquoi ne l’a-t-il pas fait en dehors de l’hôpital ? Car deux heures d’attente pour un jeune enfant, c’est quand même bien chiant et il faut trouver de quoi l’occuper. Madame a fait la remarque qu’il n’y avait même pas de jeux pour enfants dans cette salle d’attente (j’ai trop eu envie de lui rappeler qu’elle était précisément dans un service UNIQUEMENT et ENTIÈREMENT dédié aux personnes INFERTILES QUI N’ARRIVENT PAS A AVOIR D’ENFANT !) mais dans le fond, ce n’était pas bien important, puisque le gamin a joué sur sa tablette la majorité du temps. Je vous fais un dessin ? La tablette, le son très fort, les comptines débiles en boucle, maman qui s’énerve et dit de baisser, le gamin s’exécute puis remet le son bien fort et c’est reparti pour un tour. Il y a eu aussi le jeu avec le distributeur d’eau, le jeune appuie sur le bouton plusieurs fois juste parce que c’est amusant de faire couler l’eau, maman s’énerve, lui met une fessée, le colle au coin et – preuve qu’il a bien compris la punition – le gamin y retourne et se prend une méchante tape sur la main… Sans oublier le commentaire « qu’est-ce qu’il est con ce gosse » quand il a finalement pu boire – de travers. La totale ! C’est bien elle que j’aurais baffée… Et du coup, j’avais plein de vilaines pensées du style « pourquoi elle vient pour en faire un deuxième alors qu’elle est atroce avec son premier et qu’elle a déjà du mal à le supporter et à se contenir en public… » Mais, je sais, c’est pas bien de critiquer.

Bref, revenons-en au sujet du jour, l’hystéroscopie montre davantage un utérus très vascularisé qu’une adénomyose. Le kyste serait en voie de régression mais il lui faut un plus gros coup de pouce que la prise de pilule, j’ai nommé le Décapeptyl (le dictionnaire de WordPress ne connaît pas Décapeptyl et me propose Décapement – ça promet) ! Piqûre dans la fesse prévue demain soir avec arrêt de la pilule dans quelques jours. On attend que tout l’intérieur s’assèche et contrôle le 9 novembre. Si tout est bon, lancement de la stimulation dans la foulée (Fertistart – on innove à chaque fois).

A noter, les petites phrases rigolotes de la journée. La gynécologue qui a réalisé l’hystéroscopie : « mais je ne comprends pas pourquoi on voulait vous envoyer en don d’ovocytes, vous avez des ovocytes et il vous reste deux tentatives de FIV et trois inséminations ! » Et Docteur Solution bis « on est bien d’accord, on transfère un blastocyste et on congèle le reste… »

Ces spécialistes du Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains croient au Père Noël.

Pour terminer sur une note plus légère, j’ai profité de ce déplacement loin de chez moi (80 kilomètres) pour enfin acheter de jolies corbeilles en métal repérées sur le boncoin depuis des mois. J’ai ensuite retrouvé mon mari et nous avons mangé au restaurant puis chassé des Pokemons (pour celles et ceux qui y jouent, j’ai enfin attrapé Suicune qui se refusait jusque là à moi et, de surcroît, sur ma première ball !). Et je suis passée au magasin bio récupérer une gourde isotherme gagnée sur internet et acheter quelques douceurs anti-culpabilisation (ben oui, c’est bio donc c’est bon pour la santé, non ?).

Réduction fiscale et soutien associatif

N’hésitez pas à soutenir cette association qui oeuvre notamment pour une meilleure prise en charge de l’infertilité en France.

Association de patients de l'AMP et de personnes infertiles, stériles. De parents et futurs parents via l'AMP et l'AMP avec don de gamètes

Nous sommes désolées de devoir parler d’argent, mais pour l’instant notre association est financée de façon principale, par les adhésions et les dons reçus.

Savez-vous que pour votre adhésion à BAMP c’est vous qui choisissez le montant de votre adhésion, avec un minimum de 15 euros pour une adhésion en solo ?

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Idée lecture

Le ton est donné dès la couverture ! L’auteure relate son parcours PMA, la découverte de son endométriose, les traitements, les opérations,….les faits ! Les faits, les uns après les autres, comme un agenda qu’on déroule, elle y mélange ses sentiments, ses craintes,…avec une petite note musicale et humoristique ! Récit autobiographique, très facile à […]

via Endométriose, FIV et un peu d’humour ! — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Evasion…

Le froid, la pluie, les jours qui raccourcissent… Le brouillard, l’humidité, les feuilles qui tombent… La soupe, le feu qui crépite, les plaids sur le canapé… Les pieds glacés dans le lit, la tisane du soir, les manteaux et les écharpes…

Je n’aime pas l’hiver et ce n’est que le début ! Alors je me plonge dans mes photos de vacances et j’imagine le soleil, le sable sous les pieds, la caresse du soleil sur la peau.

Je commence à penser aux prochaines vacances, la Toussaint, Noël… et j’ai déjà quelques idées en tête. Ça m’aide à supporter cette longue période qui a tendance à me déprimer. Ça me donne un but quand c’est la galère au travail. Sans même y être, ça me donne déjà de l’air. J’ai hâte !

Quelques perspectives.

Il y a quelques jours, prenant mon courage à deux mains, je suis allée parler à mon nouveau chef des autorisations d’absence dont je bénéficiais dans mon ancien service. Il avait l’air perdu (« c’est quoi la PMA ? ») mais m’a tout de suite rassurée, pas de souci pour lui. 

Hier, ayant la date de l’hystéroscopie, je suis allée lui demander une autorisation d’absence. Il m’a refait le coup du « c’est quoi la PMA ? » mais a rempli le papier sans hésitation. Au moins, je sais qu’avec lui, je ne serai pas embêtée par les questions….

J’ai repris la pilule lundi soir, après avoir demandé au CECOS de bien vouloir faxer l’ordonnance à ma pharmacie habituelle (petit coup de stress parce que je devais la recevoir par courrier et que ce n’était toujours pas le cas quand mes règles sont apparues… d’où cette idée de demander à ce que cela soit faxé). J’ai un mal de chien à me souvenir de la prendre et depuis quatre jours, j’avoue que la prise est très anarchique (de la fin d’après-midi jusqu’à la fin de soirée…) mais je m’en fous un peu… Je ne cherche pas à éviter une grossesse (le comble !) mais à faire disparaître un kyste de merde… J’espère que ça marchera…