Sèche.

Je suis sèche comme la ménopause. La peau qui démange au moindre frottement. Les yeux qui n’ont plus pleuré depuis une éternité. Le moral est stable. J’ai repris un rythme routinier, travail la semaine, week-end très remplis.

Je ne vois pas le temps passer.

J’ai commencé les patchs, ça gratte. J’ai un peu mal aux ovaires et de gros seins. J’attends le rendez-vous de contrôle à la fin du mois. Je n’ai pas envie de remettre les pieds à la PMA. Je n’ai pas envie qu’on m’arrache à mon monde parallèle, celui où le désir d’enfant est enfoui bien profond.

Je ne vois pas le temps passer mais je vois le rendez-vous arriver.

J’avais envie d’écrire ces derniers temps mais je ne savais pas quoi raconter. Je séchais. Je sèche toujours. J’ai l’impression de meubler, comme certaines personnes qui parlent en continu sans attendre de réponse.

Je vois le temps passer et mon désintérêt pour mon blog amplifier.

L’autre jour, au travail, des collègues se sont mises à parler de l’infertilité, de toutes ces personnes qu’elles connaissent et qui ont connu de grosses difficultés pour avoir des enfants. Qui parfois ont fini par en avoir un par chance, par hasard, alors que tout traitement était arrêté. Et de ces personnes qui n’en ont jamais eu. Je n’ai pas osé dire combien je me sentais concernée par leurs propos…

Je vois le temps passer et j’ai peur de vieillir sans enfant…

Définition de mon endométriose

Je profite de la (méno)pause pour parler de celle qui jamais ne me laisse tranquille et qui sans cesse se rappelle à moi. L’endométriose, cette grosse merde, cette maladie incurable. C’est elle qui m’a fait pleurer pendant des années alors que je ne savais pas ce que j’avais, des douleurs intestinales, des gonflements, des pics de douleur si aigus qu’il fallait parfois que je rentre m’allonger à toute vitesse. Les médecins me disaient stressée, voire dépressive car ils ne trouvaient pas de cause objective. Le diagnostic en 2014 a été un soulagement, une preuve que je n’étais pas folle et que tous ces symptômes, je ne les inventais pas. Un soulagement mais de courte durée car, en plus des douleurs, il a fallu se coltiner l’infertilité…

Mon endométriose a évolué au fil du temps. Si l’endométrise dans sa définition générale se caractérise souvent par des douleurs insoutenables au moment des règles, je constate malheureusement qu’elle se cantonne rarement à ce fait. J’ai toujours eu mal quand j’avais mes règles. Très mal même. Mais je pensais que c’était normal. Se sont ensuite greffés des gonflements du ventre avec des pics de douleur insoutenables. Mais comme ça n’arrivait alors qu’une ou deux fois par an, je ne m’inquiétais pas et puis ça passait toujours après une nuit de sommeil.

Ces dernières années, les signes se sont amplifiés. Saignements au moment de l’ovulation accompagnés de douleurs aux ovaires. Petites pertes quelques jours avant les règles avec des douleurs diffuses au ventre, mal au dos et constipation. Les trois premiers jours des règles, je me vide de plus en plus. Je suis toujours impressionnée de voir tout ce qui sort, il y a même de gros caillots. La douleur est terrible et la constipation fait place à de la diarrhée. Le bonheur à l’état pur. Après trois jours à ce rythme, les saignements s’atténuent et la douleur s’estompe pour laisser place à des crampes insupportables, qui ne cessent qu’après avoir été à la selle, je suis alors toute transpirante et épuisée de souffrance. Les saignements se poursuivent sur plusieurs jours encore. S’arrêtent à peine que l’ovulation arrive déjà. Et c’est reparti pour un tour…

Il y a aussi ce que j’appelle des crises d’endométrioses, des moments où sans raison apparente, mon ventre devient énorme, tout ballonné, les intestins irrités. Et cette douleur… Je n’ai alors pas d’autre solution que de me coucher sur le ventre et d’attendre, inondant le lit de larmes, que la crise passe…

Quand je vais à l’hôpital pour les ponctions par exemple, les infirmières évaluent systématiquement la douleur avant et après l’anesthésie. Elles sont toujours surprises que je ne sois jamais à zéro… J’ai réalisé que chaque jour de ma vie depuis des années et des années, je ne suis effectivement jamais à zéro. Parfois c’est dur. Mais je me suis habituée. Je ne sais pas ce qu’est un jour sans douleur physique.

Je ne m’habitue par contre pas à la douleur morale, à ce pincement au cœur de ne pas pouvoir avoir d’enfant(s), à cette jalousie qui parfois m’envahit dans des situations de la vie de tous les jours, à cette tristesse de voir le temps passer… Je suis en (méno)pause et, si je le vis bien avec quasiment aucun effet secondaire, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense aux retentissements de l’endométriose sur mon corps et à cette fichue infertilité…