Le surplace

Nous sommes retournés au centre de PMA pour faire le point entre FIV3 bis et FIV4. Pour commencer et pour situer, la gynécologue m’a demandé comment j’allais, ce qui m’a immédiatement fait monter les larmes aux yeux, et je suis restée dans cet état toute la consultation, à lutter contre l’effondrement.

Nous avons parlé de notre orientation dans ce centre l’année dernière pour un don d’ovocytes, et qu’elle imaginait bien qu’il avait dû être difficile pour moi, pour nous, de nous être préparés au don d’ovocytes pour qu’au final, on nous propose une FIV classique.

Nous avons également parlé de l’endométriose qui m’épuise, des règles hémorragiques,  des douleurs continuelles.

Les propositions de la gynécologue en lien avec cette souffrance et cette fatigue sont donc les suivantes :

 – prendre la pilule en continu pour mettre mes ovaires et donc mon corps au repos,
 – refaire une IRM avec éventuellement une cœlioscopie ensuite,
 – refaire les dosages hormonaux classiques (dont l’AMH) à J3,
 – FIV 4 prévue fin 2018 – début 2019,
 – si échec de FIV4, don d’ovocytes.

Pour elle, il est important d’aller au bout du parcours, pour ne rien regretter… Elle m’a dit aussi d’essayer de ne pas me mettre trop de pression, de considérer que ça peut échouer plutôt que d’y croire à tout prix (en vérité, c’est déjà ce que je fais depuis longtemps, pour me protéger… même si ça ne fonctionne qu’à moitié). En gros, considérer que c’est une chance plutôt qu’une solution.

Elle nous a aussi demandé notre positionnement vis à vis de l’adoption et a quand même largement sous-entendu que nous devrions peut-être reprendre les démarches…

Je suis rentrée de ce rendez-vous très mitigée, à la fois contente d’avoir été entendue mais aussi très triste à l’idée de reprendre la pilule pour plusieurs mois. Ce coup-ci, c’est sûr, on fait une croix sur la possibilité d’avoir un enfant naturellement. Et je crois que c’est ce qui me fait le plus mal. Même si je sais bien que les chances sont infimes…

La plaie béante

La cicatrice vue de l’extérieur est invisible mais la douleur intérieure, elle, est omniprésente. Le gouffre est sans fond et les parois sont glissantes ; il est impossible de s’accrocher à quoi que ce soit pour échapper à la chute. Il pourrait s’agir d’un cauchemar, d’un long trou noir, d’un hurlement silencieux, de cœurs qui battent tellement forts qu’ils pourraient se briser. Un réveil en sueur, la main qui glisse le long du corps pour vérifier que tout est en place, que le corps est toujours en vie. Oui, la vie est plus forte pour l’instant mais à quel prix… Toutes ces souffrances ont-elles un sens ?

Nous avons passé quelques jours avec des amis qui ont une jolie petite fille et attendent un petit garçon. C’est mignon de les écouter se projeter. Il faudrait vendre les vêtements de l’aînée pour faire de la place pour ceux du deuxième, et puis acheter quelques meubles, un peu de décoration, peut-être même mettre un coup de peinture dans la future chambre du bébé. Toutes ces petites projections auxquelles je n’ai pas droit… auxquelles j’ai depuis longtemps refusé de m’abandonner.

Et pourtant, parfois, au détour d’une conversation ou d’une lecture, mon esprit s’échappe pour quelques minutes et réfléchit à un prénom ou à l’aménagement de la chambre d’amis. Mon cœur s’emballe devant de petites tenues rayées (j’adore les rayures), une petite couverture toute mignonne, une peluche craquante. Mais inlassablement, je referme le couvercle de la boîte de Pandore. A quoi bon se faire du mal ? Je m’interdis toute projection, tout rêve de plus de deux minutes.

J’apprends à ignorer ces choses normales : imaginer le bébé parfait, une vie à trois, penser à un ventre qui s’arrondit. Imaginer le sourire de son enfant, les yeux dans les yeux. Partager des jeux, voir son enfant grandir, en être fier… J’en rêve mais la réalité se charge de me rattraper et de m’envoyer sans cesse des signaux d’alerte. Le corps mis à mal par les traitements, l’endométriose, les règles qui terrassent, les maux de dos, les insomnies. Comment espérer avoir un enfant après cinq ans d’essais et surtout avec un corps aussi mal fichu ?

Point gynécologique express et improvisé

Il y a quelques jours, j’ai discuté avec une gynécologue qui n’a rien à voir avec la PMA et/ou mon suivi gynécologique habituel. J’étais en plein début de règles et j’ai eu de grosses fuites, ne pouvant pas me changer comme je le souhaitais. Cette gynécologue m’a demandé si j’avais déjà parlé de mes règles hémorragiques car d’après elle, il y a des traitements comme la pilule. Mais comme je n’en veux pas, il y a aussi la possibilité de prendre une pilule progestative qui n’empêche pas de tomber enceinte (ah ah) mais limite la quantité de sang lors des règles.

Bon, mais moi, je voudrais rien du tout, plus de traitement, plus d’hormones, plus rien de tout ça. Cependant, je dois me rendre à l’évidence, mes règles sont de plus en plus abondantes et difficiles à gérer hors de la maison…

Et cette gynécologue m’a dit que c’est très probablement l’adénomyose qui est responsable des saignements (et pas l’endométriose comme je le pensais). Je lui ai demandé si ça s’opérait, elle m’a certifié que non, que si on touchait à l’utérus pour enlever l’adénomyose, on limitait considérablement voire on anéantissait toute possibilité de grossesse…