Dans la fesse.

Ou dans le mille.

L’injection de Décapeptyl.

Ça fait mal au cul et au cœur. C’est sûr cette fois on va faire cette putain de dernière FIV.

Je n’y crois pourtant pas. Et on m’a déjà dit plusieurs fois : « ça ne sert à rien de la faire si tu n’y crois pas ».

Mais comment croire à une réussite quand toutes les autres FIV n’ont amené qu’échecs et larmes ? Comment imaginer une autre issue que celle que je connais déjà ?

Nous nous sommes disputé avec mon mari chéri quand je lui ai dit que je n’avais aucune envie de faire cette dernière FIV. Pour lui, FIV = bébé. Il m’a dit : « ça veut dire que tu ne veux pas d’enfant avec moi ». Alors que pour moi, ça n’a rien à voir. Une FIV, ce sont des injections quotidiennes, des suivis à l’aurore avec échographie les jambes écartées, du stress – beaucoup de stress, une ponction et des jours douloureux, un transfert d’embryon dans le meilleur des cas (il y a aussi la possibilité de l’échec total – pas d’embryon, c’est déjà arrivé il y a 2 ans), une période d’après-transfert schizophrénique sans sommeil sans répit sans virgule sans point. Et le couperet, toujours identique, la prise de sang négative, les larmes, l’abattement, le désespoir. Le « tout ça pour ça ».

Je ne suis pas très masochiste, je n’ai pas envie de m’infliger à nouveau toute cette merde. Je le fais uniquement pour tourner cette putain de page. Parce que le dernier transfert date d’il y a un an et qu’un an sans PMA ne m’a malgré tout pas permis de ne plus y penser. Alors autant clore les choses une bonne fois pour toutes. En tout cas, avec mes ovocytes.

Le J1 de la déprime

Le plan est simple. A J1, je dois (re)(re)(re)prendre la pilule. Une dizaine de jours plus tard, une bonne injection de Décapeptyl dans la fesse. Un mois après l’injection, une prise de sang et « si tout va bien », la stimulation pour la dernière FIV pourra débuter.

Ce soir, les douleurs classiques d’avant-règles ainsi que les mini-pertes me sapent le moral. Pas un poil de retard, pas une once d’espoir. Simplement, la tristesse infinie de laisser encore passer mon tour, le tour du miracle.

Je pensais naïvement que dos au mur, ça pourrait marcher naturellement. Après tout, j’ai toujours fait les choses à la dernière minute. Je pensais que tant que je n’accepterais pas cette dernière FIV, mon corps ne comprendrait pas le message subliminal (enfin, pas tant que ça en fait !). J’ai mis longtemps à retourner en PMA pour de bon, pour caler cette putain de FIV, quasiment un an… et il faut bien se rendre à l’évidence. Seule (comprendre, sans aide médicale), je n’y arrive pas. Et j’ai l’impression d’être perpétuellement en deuil, de n’en sortir jamais. Je n’arrive pas à accepter mes limites, cette faille si profonde qui annihile la moindre confiance en moi.

Ce soir, je suis triste à en mourir. Je compte les années d’essais et d’échecs (presque 6), les mois d’attentes (68) (oui je mets « attente » au pluriel car c’est encore plus parlant) qui sont autant de cycles éternellement recommencés.

Je suis triste et en colère. J’en veux à mon corps qui me fait défaut, à la médecine qui n’a toujours pas trouvé la solution, à toutes ces personnes qui se reproduisent sans même y penser (pour de vrai !). J’en veux à toutes ces personnes insouciantes, qui balancent des phrases toutes faites et qui n’ont pas la moindre idée de mon drame quotidien (et pourtant, je suis patiente et pédagogue – mais quand ça ne veut pas rentrer…). J’en veux à la Terre entière ou presque. J’en veux même à Dieu parce que « c’est trop injuste » et que ça me fait CHIER d’être sans cesse du mauvais côté des statistiques.

Ce soir, c’est J1 et j’ai un gros chagrin.