Se voiler la face

Rapide rappel de mon parcours : début des essais pour avoir un enfant en juin 2013, je ne prenais plus la pilule depuis quelques années. Opération de l’endométriose en février 2015, suivie de 3 inséminations puis de 5 FIV.

La prise de sang après la troisième insémination avait été positive, un petit 36 UI qui n’a pas tenu. Une semaine plus tard, il y avait 30 UI… Et encore une semaine après, j’avais eu mes règles et c’en était terminé.

Je me souviens encore de cette sensation irréelle d’être enceinte, enfin. J’avais plein de nausées mais je m’en fichais, je planais. Je ne dormais quasiment plus d’excitation et je ne pensais plus qu’à ce secret, délicieusement incroyable. Je savais que tout ça ne tenait qu’à un fil mais malgré tout, quand la deuxième prise de sang a été mauvaise, je me suis effondrée. Ça a été mon premier arrêt pour syndrome dépressif consécutif à la PMA. Juste quelques jours pour refaire surface. Mais plus rien n’a jamais été comme avant. Cet échec est resté sans conteste l’une des plus grosses blessures de ma vie. Les années se sont succédé et je n’ai plus jamais eu de prise de sang positive, même après 5 FIV.

En faisant le bilan de tout ce parcours, m’est venue l’idée insidieuse de refaire des inséminations. Après tout, il en restait encore 3 prises en charge par la sécurité sociale. Et puis, le seul résultat positif avait été obtenu à la suite d’une insémination. Sans compter que les stimulations à forte dose aggravent le climat inflammatoire lié à l’endométriose et peuvent altérer la qualité ovocytaire. Déjà que j’ai selon toute vraisemblance des ovocytes bien pourris… Je me suis leurrée pendant quelques semaines avec ces réflexions mais je n’ai finalement jamais repris rendez-vous dans mon centre de PMA…

Le manque de considération – les entretiens d’embauche

Ma psychologue habituelle étant enceinte et en congé (elle a peut-être accouché, d’ailleurs ?), je rencontre sa remplaçante depuis quelques semaines.

La dernière fois, je lui ai parlé de mon appréhension terrible de passer des entretiens d’embauche, de l’énergie considérable que cela me demande pour une absence totale de résultat.

J’ai essayé de tout lui décrire, la peur de perdre mes idées bien sûr et de ne pas savoir me « vendre ». Mais aussi et surtout le fait que ce soit un lieu inconnu, avec des gens inconnus dans un bureau inconnu. Saluer les personnes, mais comment doser exactement la poignée de main ? Et associer le regard ? Tout en pensant à ce que je dois dire, je surveille mes mains. Ne pas les cacher sous la table. Ne pas les tordre. Ne pas arracher les petites peaux autour des ongles. Avoir l’air détendue. Souriante. Avenante. Motivée. Avoir un visage expressif. Regarder les personnes dans les yeux et s’il y en a plusieurs, s’adresser à chacune d’entre elles de manière à peu près égale. Évoquer mon parcours, me remémorer les choses, expliquer ce que je fais et ce que je ferais. Répondre du tac au tac.

Tout cela est trop dur pour moi, sans compter qu’en général, comme j’ai dû faire un effort vestimentaire, je ne suis pas à l’aise dans mes vêtements.

La remplaçante m’a dit qu’il fallait que je m’appuie sur d’autres réussites (par exemple, avoir joué du piano lors d’un mariage) pour avoir progressivement confiance en moi.

Ça m’a agacée car elle n’a pris en compte qu’une partie minime du problème. Est-ce que je ne sais pas expliquer ce qui me pose problème ou est-ce qu’on ne veut pas m’entendre ?

Quand j’expose ce genre de difficulté, j’entends toujours une certaine rationalisation : « non mais tout le monde a peur des entretiens d’embauche »…

Le manque de considération – l’infertilité

Visite annuelle auprès de l’infirmière de santé au travail.

Je lui ai parlé des échecs en PMA, de ma saturation de tout ce parcours de merde. Cinq ans à enchaîner les rendez-vous médicaux, à écarter les cuisses, à me faire ausculter, analyser sous toutes les coutures, pour ? Aucun résultat. Ah si, 10 kg de plus et des règles encore plus douloureuses et abondantes qu’auparavant. Et plusieurs arrêts de travail pour syndrome dépressif.

Elle m’a demandé si nous envisagions l’adoption. Question classique. J’ai répondu qu’on y avait pensé mais que je n’avais pas de forces à mettre dans un nouveau projet, que c’était très intrusif encore, et pour un résultat incertain, une fois de plus.

Elle a conclu notre entrevue en me disant qu’elle sentait que mon corps effectivement n’en pouvait plus mais que c’était moins clair au niveau de ma tête. Et que s’il y avait un petit espoir, je repartirais vite à sa quête. Elle m’a aussi suggéré de me remettre en arrêt parce que je travaille avec des enfants.

J’aime quand on pense à ma place.