Déconditionnement.

J’ai aimé le confinement plus que de raison. J’ai aimé rester chez moi, faire de petits travaux dans la maison, m’occuper du jardin. Cuisiner de bons plats. Trier les placards. Prendre le temps. Lire pendant des heures sur la terrasse au soleil. Ne voir personne d’autre que mon mari, mon chien et mon chat.

J’aurais voulu rester confinée.

Je ne travaille pourtant et toujours que deux jours par semaine, payés quatre (je travaille déjà à temps partiel depuis un an).

Mais je ne veux pas que la vie reprenne. Je ne veux pas que le rythme s’accélère. Je veux rester sur place. Je veux avoir le temps de profiter. Pas comme dans les clips où les images s’enchaînent à une vitesse folle ; je suis incapable de les suivre. Je veux avoir le temps d’analyser, de réfléchir, de penser.

Je n’en peux plus de cette rapidité qui m’affole. Je n’en peux plus de cette modernité qui m’épuise, me forçant constamment à m’adapter. Moi j’écris toujours au stylo plume, comme à l’école, et je me souviens encore de ma difficulté lorsqu’il a fallu abandonner les cassettes et les vinyles au profit des CD. Je ne suis jamais passée à la musique irréelle (MP3), je n’ai pas pu, il me faut un support. Je ne supporte pas tous ces changements, et encore moins le fait qu’ils soient imposés.

Je déteste la nouveauté et l’imprévu, je souffre énormément car cela m’insécurise. Cela n’a duré que deux mois, mais je suis encore conditionnée par les attestations. Quand je sors mon chien, j’y pense systématiquement. Quand je vais en courses, également. Il va me falloir encore du temps pour me déshabituer.

Je ne cherche pas à découvrir de nouvelles musiques, de nouveaux morceaux, écouter ma musique répétitive en boucle (principalement du rap) me suffit. Souvent, quand mon mari écoute radio déprime ou radio sport (Nostalgie et RMC), je me bouche les oreilles tellement cela m’est insupportable. J’ai envie de m’acheter un casque réducteur de bruit.

Je suis bien dans ma bulle, avec le moins de contacts sociaux réels possibles. Je communique essentiellement par messages et cela me suffit. C’est surtout plus simple pour moi. Je peux prendre le temps de réfléchir à la réponse. Je peux comprendre les choses dans le bon sens. Je n’ai pas à adapter mon regard, mes expressions faciales, mes gestes, mon intonation. Je n’ai pas à penser à tout ça en même temps pour avoir l’air « normale » surtout !

La PMA me semble être un lointain souvenir, une période horrible mais qui ne me concerne plus guère. Ne restent que les kilogrammes en trop. Les cicatrices sur le ventre de la cœlioscopie. Parfois, une petite tristesse, fugace, à l’annonce d’une grossesse. Mais plus jamais le désespoir sans fin que j’ai connu pendant des années. Plus de larmes non plus. Depuis un an, j’ai un traitement antidépresseur et c’est sûrement lui qui nivelle mes émotions.

Il y a quelques mois, une prise de sang a détecté une carence abyssale en fer. Après la prise d’un complément pendant trois mois, la prise de sang est redevenue bonne. Je suis pourtant toujours autant épuisée. Je ne crois pas que ce soit une question de vitamines ou d’équilibre. C’est davantage lié aux surcharges quotidiennes que je supporte de moins en moins. Comme si j’avais atteint mon quota et que j’étais désormais systématiquement dans l’excès. Le bruit, la lumière, les vêtements… Les gens qui parlent à plusieurs, la peau sèche, les plis du drap dans le lit, le souffle du vent…

J’ai hésité à refaire un autre blog, avec un autre nom, un autre pseudo. Mais finalement, même si la PMA est terminée, même si je n’aurai pas d’enfant, l’endométriose est toujours là. Et je reste éternellement endolorie, par l’infertilité, par mes blessures passées, par ma condition neuro-développementale sans doute aussi.

J’ai effectué une demande pour un bilan d’autisme. Selon ma psychologue, je ne suis pas autiste, je suis peut-être un peu différente mais je devrais plutôt accepter que je fonctionne ainsi au lieu de chercher pourquoi. Mon médecin traitant n’a pas d’avis sur la question, il n’a pas de connaissances pour ce diagnostic chez les adultes, il m’a adressée à un psychiatre. Celui-ci, après quelques questions, a rempli la partie médicale et, d’après ce que je lui ai décrit, pense que ma demande est tout à fait justifiée. Cela m’a fait du bien qu’on reconnaisse mes difficultés.

Je n’ai plus qu’à attendre qu’on me donne un premier rendez-vous au centre expert. Ça tombe bien, attendre, c’est quelque chose que je sais parfaitement faire. Cela fait des années que je me torture avec ce questionnement, je ne suis plus à quelques mois près.