Le bord du gouffre

Le négatif de la cinquième FIV a été d’une violence sans nom. J’ai perdu tout espoir. J’ai ressassé en boucle plein de pensées négatives. Je ne trouvais plus de sens à la vie. A quoi bon continuer puisqu’il n’y aura personne à qui transmettre quoi que ce soit ? Pourquoi jouer du piano encore alors que je rêvais de jouer de jolis morceau, enceinte, puis d’apprendre à mon enfant à positionner ses doigts, à doser sa force, à jouer la note juste… Pourquoi envisager d’acheter un petit appartement à la montagne (en plus de notre maison actuelle) s’il n’y a pas de descendance ?

Les questions sont devenues tellement prégnantes que je n’arrivais plus à dormir. Je me suis mise à interroger le monde de manière plus globale. Pourquoi continuer à travailler ? Gagner de l’argent d’un côté, le dépenser aussitôt, quel intérêt ? Se battre pour produire moins de déchets quand les multinationales ne se gênent pas ? Continuer à souffrir chaque jour de l’endométriose, de l’infertilité, de ma personnalité, mais pourquoi pourquoi pourquoi ???

J’avais complètement perdu les pédales et je ne le voyais pas.

Ma psychologue m’a annoncé qu’elle était enceinte, ça m’a achevée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant elle tout en culpabilisant de lui montrer ce spectacle. J’aurais dû me réjouir mais là, c’était juste impossible. C’était la claque de trop.

Quelques jours plus tard, dans les toilettes d’un restaurant, j’ai regardé le plafond, s’il y avait un moyen d’y suspendre une corde, une écharpe, que sais-je. J’ai regardé s’il y avait un moyen de me supprimer. Quand je me suis rendu compte du cheminement de ma pensée, j’ai eu peur. J’ai pris rendez-vous chez le médecin. Je lui ai dit que j’allais mal, que le dernier échec était trop douloureux, que je ne dormais plus, que j’avais des idées noires. Je n’ai jamais avoué à qui que ce soit que j’avais réellement envisagé de mettre fin à mes jours. J’avais honte. Et j’ai eu peur de moi.

Le médecin m’a donné un arrêt de travail et un traitement anti-dépresseur. Très vite, j’ai pris la moitié du comprimé car un comprimé entier me défonçait la tête. 5 mois plus tard, je le prends toujours. J’ai repris le travail après 7 semaines d’arrêt. Je continue de trouver que la vie a peu de sens malgré tout…

Tranche de vie – 2

Quelques jours auparavant, Lucie avait posté une annonce dans le groupe du Service d’Echange Local (SEL) dont je fais partie. Elle recherchait des tentes pour les jeunes dont elle s’occupe et qu’elle souhaite emmener camper.

En cherchant dans le garage, je me suis rendu compte que nous n’avions non pas une tente mais deux. Une grande tente de 4 personnes et une de 2 personnes. Pour le peu qu’elles nous ont servi (la preuve, je ne me souvenais même pas de l’existence de la petite tente), j’ai pensé qu’il faudrait vendre ou donner la plus petite (je tente de simplifier mon quotidien en épurant et en me débarrassant des doublons, de l’inutile).

Quand Lucie est venue chercher les tentes, nous avons échangé quelques mots ainsi que le veut la politesse. Je lui ai parlé de cette petite tente retrouvée que je ne pensais pas garder.

Premier coup de poignard : « mais non, garde-la pour tes enfants. »

Je lui ai répondu que des enfants, je n’en ai pas. Elle a insisté.

Second coup de poignard : « d’accord, t’en as pas maintenant mais tu en auras hein, y a pas de raison. »

J’ai vaguement bredouillé un pauvre oui et j’ai écourté la discussion. Car, que dire ? Des raisons de ne pas avoir d’enfant, on pourrait en trouver plein – et sans même passer par la case de l’infertilité. Et puis, pourquoi faudrait-il toujours se conformer au même modèle social ? Rentrer dans le même moule ? C’est sûr qu’après avoir acheté une maison et nous être mariés, il ne nous manque « que » les enfants…

L’alcoolisme ordinaire.

Hier, 14 juillet, le maire avait invité les habitants du village à venir prendre l’apéritif – l’apéro pour les familiers – à la mairie. Je me fais toujours un devoir de me rendre aux rares événements du village (les vœux, le 8 mai, le 14 juillet, le 11 novembre) lorsque nous sommes disponibles parce que je me persuade que c’est positif pour notre intégration. Sur ce point, c’est un peu raté parce qu’immanquablement quelqu’un nous demande si nous sommes nouveaux. Cela va faire 4 ans que nous habitons ici et que je promène régulièrement le chien dans le village. J’ai envie de dire qu’il suffirait d’ouvrir les yeux. Mais je suis bien placée pour n’avoir aucune reconnaissance des visages alors je laisse couler… Et puis, il est également vrai que j’évite toujours de parler aux gens, ça n’aide pas !

Bref, une fois que tous les verres sont remplis et servis, un habitant se fait le devoir de venir trinquer avec tout le monde. Arrivé à mon tour, il voit mon verre plein d’une boisson sans alcool (le terrible soda avec un logo rouge, que je n’achète plus – à cause de l’impact environnement – mais dont je m’autorise à boire un verre lorsque je ne suis pas chez moi) et son regard se dirige immédiatement vers mon ventre tout en émettant un « ah » lourd, très lourd de sous-entendus… J’ai immédiatement envie de le tuer et je réplique froidement : « je ne bois pas d’alcool ».

Bien sûr, ça m’a atteint profondément. J’en ai eu les larmes aux yeux. Et encore plus quand j’ai compris que mon mari n’avait même pas suivi la scène. C’est sûr que lui, il pourrait boire un soda, on ne lui sous-entendrait rien. Et il a osé me dire que je n’avais qu’à prendre un verre d’alcool. J’étais verte.

Je lui ai dit que je ne supportais plus de faire semblant, de devoir boire un verre pour ne pas éveiller les soupçons. Je n’ai pas ENVIE de boire, merde ! Je n’ai pas envie de ressembler à tout ce monde. Ces soûlards, ces soiffards, ces alcoolos du dimanche, ces alcoolos mondains, je ne les supporte pas. Pire, ils me dégoûtent. Qu’ils restent dans leurs illusions, ils ne maîtrisent rien du tout et agissent exactement comme on attend d’eux qu’ils le fassent. Qu’ils continuent de se réjouir de leur bouffe industrielle et des déchets qu’ils produisent ! Qu’ils gardent leurs œillères puisqu’ils sont trop bêtes pour comprendre que nous courrons à notre perte. Car oui, il vaut mieux ne surtout pas se poser de questions (et encore moins se remettre en cause) et picoler en toute légalité.

C’est comment la fin du monde ?

Complètement à bout nerveusement, je cherche des raisons de m’accrocher à la vie. Je suis incapable de me reproduire, je me découvre incapable de reconstruire.

C’est peut-être trop tôt.

Pour l’instant, je regarde en arrière et je ne vois que le temps perdu, les forces perdues, l’espoir éternellement déçu. Le sur-place terrible, un changement de travail au mauvais moment qui m’a précipitée vers un burn-out heureusement bien pris en charge. Et depuis, l’épuisement au travail sans parvenir à trouver les ressources en moi pour envisager autre chose.

Voir les autres réaliser leurs projets, reconversion professionnelle, achat d’une maison, mariage, arrêt de la pilule et paf. Des occasions de trinquer dont je me sens sans cesse exclue. Je fige un vague sourire sur mes lèvres et j’attends de rentrer chez moi pour pleurer, quand il me reste encore des larmes.

Il y a quelques mois, je m’étais promis d’essayer d’être plus présente auprès de mes neveux et nièces. Je m’étais dit que je ne serais probablement jamais maman mais que je pourrais au moins tenter d’être une chouette tata. Actuellement, c’est au dessus de mes forces. Ça me renvoie beaucoup trop à mes échecs.

Je repense à notre petit mariage pour pouvoir adopter. Nous avons laissé de côté ce projet d’adoption et je regrette que les souvenirs de notre mariage soient entachés par cette quasi obligation de se marier (pour pouvoir adopter un bébé en France). Même ça, j’ai l’impression de l’avoir raté.

J’aimerais retrouver une once d’espoir, un petit truc qui me permette de sortir la tête hors de l’eau. Un déclic. Une baguette magique.

Fervente écologiste, j’avoue être de surcroît de plus en plus déprimée, atterrée par la situation de notre monde. Par la connerie de la plupart des gens aussi. J’en viens à me demander s’il faut vraiment essayer de sauver cette humanité en déperdition… Doit-on sauver des humains qui ne pensent qu’à produire et consommer ? Au détriment des animaux ? Au détriment de la nature ? On rigolera bien quand on n’aura plus rien à manger mais qu’on baignera dans un océan de technologie (et de plastique). Pire, doit-on sauver toutes ces personnes avec si peu de cerveau qu’elles n’ont rien de mieux à faire que des enfants – des assistés de la société ? Pardon pour ces mots très durs mais dans mon travail, j’en côtoie plein de ces « parents » qui ont suffisamment d’argent pour s’acheter du tabac et de l’alcool mais pas assez pour acheter un casque de vélo à un enfant de moins de 12 ans ou un siège auto. Sans parler des personnes malades mentales régulièrement hospitalisées et des enfants laissés au domicile sous la « surveillance » d’un grand frère toxicomane et accro aux jeux vidéo (ultra violents, cela va de soi). Et ces racistes, qui jugent la qualité d’une personne à sa couleur de peau ? Et ces xénophobes qui laiss(erai)ent volontiers crever en pleine mer des gens comme vous, comme moi, qui ne cherchent qu’à sauver leur peau (la seule chose qui leur reste) ?

Quand je vois tout ça, je me demande pourquoi la sélection naturelle me touche… Et je me noie dans l’injustice et je me laisse envahir par les pourquoi pourquoi pourquoi…

Incapable de voir le verre à moitié plein, j’ai bien conscience de creuser ma propre tombe.

Les maux de la fin.

FIV 5 (FIV 4 pour la sécurité sociale) : 8 ovocytes prélevés et fécondés. 5 embryons à J2. 1 embryon transféré à J5. Pas de congelé. Et la douleur de l’ultime négatif quelques jours plus tard.

J’ai raté le dernier train, inutile de courir désormais. La petite gare est fermée, pas assez rentable.

Je suis fatiguée. Épuisée.

Triste, immensément triste.

Infiniment malheureuse.

Un océan de larmes.

Profondément blessée.

A peine en colère.

Désabusée, désappointée. Désespérée surtout.

Au fond du trou, je creuse encore.

Complètement sonnée. Abasourdie.

La violence de l’échec.

Je suis sidérée.

Anéantie.

Tranche de vie – 1

La dernière FIV n’a pas eu les résultats escomptés. 8 ovocytes ponctionnés et fécondés (de manière classique, pas d’ICSI sur cette tentative), 5 embryons à J2, 1 embryon tranféré à J5. Pas de congelé(s). Pas de parachute. Pas de roue de secours.

Comme une collègue m’a demandé des nouvelles, je lui ai expliqué qu’il n’y avait qu’un seul embryon. Elle a aussi fait une FIV il y a plusieurs années pour avoir ses enfants (1 FIV, 3 enfants). Elle m’a dit cette phrase que je ne supporte plus (comme tant d’autres d’ailleurs !) :

 » il en suffit d’un ! »

Ma réponse a été plus sèche que je ne l’aurais voulue :

« sauf que ça fait 5 ans qu’il en suffit d’un. »

Bizarrement, nous avons ensuite changé de sujet.

Acte manqué

Un petit article rien que pour tresbrillantebrunette !

Lundi matin, après une nuit sans sommeil due au stress du changement d’heure et au rendez-vous de contrôle au centre de PMA à cause duquel je serai très certainement en retard à ma formation, mon réveil sonne. A 6h. Enfin, on peut dire à 5h donc puisque le changement d’heure est tout frais. La tronche en biais, je m’habille au radar (heureusement, j’avais préparé mes vêtements la veille – pour une fois que je suis prévoyante). Et je file.

100 km de voiture, le jour se lève, joli soleil orangé. J’arrive la première, le service est vide. Avec un peu de chance, je passerai peut-être rapidement car d’après la secrétaire vendredi, plusieurs personnes étaient convoquées à la même heure que moi (et donc, que le meilleur gagne ? On s’attrape et on s’étripe ?). L’infirmière arrive en avance sur l’horaire et elle ne peut pas me rater puisque je l’attends dans le couloir, stratégiquement, un œil sur le secrétariat – vide, un autre sur le bureau de la gynécologue – déjà présente, et un autre sur le local de l’infirmière (oui j’ai trois yeux, et alors ?!). Elle propose de me faire la prise de sang tout de suite, je saute de joie sur l’occasion.

Mais les choses se gâtent. L’infirmière ne trouve pas mon nom. Agacée, j’épluche la liste avec elle. Ne me trouve pas. Commence à baliser intérieurement. L’infirmière va voir la gynécologue qui me regarde, me reconnaît (ouf) et lui demande de me faire la prise de sang quand même. Puis, prise d’un doute, elle se ravise. Consulte mon dossier dans son ordinateur. Et m’annonce que je n’ai pas rendez-vous aujourd’hui, qu’il a été annulé car la date de la ponction est déjà prévue.

La tête de ma tête à ce moment-là. La gynécologue en déduit que la secrétaire ne m’a pas prévenue : « personne ne vous a appelé alors ? ». Je lui réponds que non et que je ne me serais pas levée super tôt pour le plaisir de faire un aller-retour dans le vide. Elle s’excuse, dit que l’erreur est de leur fait et qu’elle reverra ça. J’espère que la secrétaire se prendra une bonne soufflante.

Au moins je suis arrivée à l’heure à la formation…

J’ai prévu d’écrire un courrier (il faut que je trouve à qui précisément) pour tailler les secrétaires car là, ça m’a vraiment fait chier. Sans compter leur incompétence notoire. Un petit exemple supplémentaire ? Vendredi, celle qui était présente m’a demandé les sérologies de mon mari. Je lui ai répondu qu’il les avait envoyées par mail. « Ah oui, effectivement, elles ont été téléchargées ». Non mais, elles ne communiquent pas entre elles les secrétaires de ce service ?

La stimulation de la condamnée.

Même si je n’avais pas fait de FIV depuis 16 mois, les gestes sont revenus sans le moindre souci. Nul besoin de relire la notice pour se rassurer ou de faire appel à l’infirmière. Les gestes sont automatiques, précis et rapides. Poudres, solvant, la grande aiguille, la petite aiguille, un coup d’antiseptique. Paf, dans le ventre.

Tous les soirs quand je me pique j’ai les larmes aux yeux et je me demande pourquoi je m’inflige tout ça. J’ai péniblement perdu 3 kg des 10 pris ces dernières années au gré des stimulations ; je crains de les reprendre. Les douleurs d’endométriose s’étaient stabilisées ces derniers temps et surtout fortement atténuées grâce à la pilule magique ; j’ai peur qu’elles reviennent en fanfare.

Quand mon mari est présent, il se détourne de l’aiguille qui pique le ventre, il me redit qu’il ne sait pas comment je fais pour m’enfoncer froidement l’aiguille dans le ventre. Tous les jours à la même heure. Cruelle routine.

Je ne dors presque plus, j’ai peur. Je m’imagine une FIV sans ovocytes matures ou sans embryon(s). Je n’ai aucune prise sur la réussite ou non de la FIV et ça me rend malade. Cette FIV, c’est la dernière quoi qu’il se passe. J’ai attendu pour la faire, attendu de me sentir prête. La vérité, c’est que j’aurais pu attendre encore longtemps, jamais je n’aurais été réellement prête à affronter cette FIV de fin de parcours.

Bientôt 6 ans d’essais et presque 5 ans de suivi médical vont s’arrêter dans le plus grand silence, dans la plus grande des solitudes. Je n’ai évoqué que vaguement cette FIV à quelques personnes, sans donner de date précise. Il sera toujours temps d’en reparler ultérieurement. En attendant, je reste seule avec mes doutes et mes peurs. Seule à entrevoir le travail de deuil qui suivra. Seule à me piquer à la maison ou dans les toilettes de la patinoire. Seule à subir le réveil douloureux des ovaires.

300 UI de Fertistart

Ce matin, mon réveil a sonné plus tôt qu’habituellement en semaine. De lui, dépendait ma survie l’enchaînement de la journée. Prise de sang – covoiturage – travail.

Petite mesquinerie de pmette, je me suis garée dans la rue du laboratoire juste après une autre personne qui venait de se stationner et je me suis dépêchée de sortir pour lui passer devant sur le trottoir, au cas où. J’ai bien fait, elle se rendait également au laboratoire de bon matin et moi, j’étais la première.

La secrétaire m’a saoulée avec sa question : « date des dernières règles ? », j’ai répondu que je n’en avais pas car j’étais ménopausée. Manifestement, ma réponse ne lui a pas plu car elle m’a reposé sa question plus tard. J’ai dit au hasard que c’était le 5 mars avec l’envie très forte de lever les yeux au ciel pour éviter que les larmes n’arrivent.

Malgré tout, je sais que j’avais les yeux brillants. Je le sais parce que me retrouver dans ce contexte, je ne l’ai déjà que trop vécu. Se lever à l’aube, courir au laboratoire puis au travail. Appeler la sage-femme entre 15h et 16h. Et se piquer.

Sauf que là, c’est la sage-femme qui m’a appelée. Deux fois. En laissant un message demandant que je la rappelle. Et comme elle ne parvenait pas à me joindre, elle a également téléphoné à mon mari ! Sauf que j’étais en train de gérer la crise clastique d’un jeune : que du bonheur. Bref, dès que j’ai eu un instant de libre, j’ai téléphoné pour obtenir les consignes : 300 UI de Fertistart dès ce soir, rendez-vous de monitorage dans une semaine, prévoir la carte de groupe sanguin, ramener les sérologies de mon mari. Je lui ai demandé à quelle heure était mon rendez-vous avec l’anesthésiste, elle m’a répondu que je devais me charger de prendre ce rendez-vous. Sauf que la gynécologue m’avait dit qu’on me donnerait les deux rendez-vous en même temps, ce que je lui ai dit mais dont elle n’a rien eu à faire. J’ai donc appelé le service d’anesthésie pour avoir mon rendez-vous qui forcément ne rentrait pas dans le planning en raison de son délai très court. Mais je m’en fiche, je l’ai le même jour. Je n’allais quand même pas faire deux fois 200 kilomètres pour ces deux fichus rendez-vous.

Ce soir, j’ai fait mon petit mélange, sans même relire les consignes, comme si j’avais fait ça toute ma vie et je me suis piquée dans le ventre. Ce soir débute FIV4 pour la sécurité sociale mais FIV5 pour mon corps et j’ai super les boules les glandes la haine peur.

La colère.

Je suis en colère.

Contre ces gens qui me disent : « y a pas de raison, ça va marcher ».

Contre ces amis pour qui la première FIV a fonctionné. Le premier transfert même.

Contre ces personnes qui « y croient pour moi ».

Contre ceux qui pensent m’encourager en m’écrivant : « c’est reparti !!! » avec plein de points d’exclamation quand je dis qu’on va bientôt faire la cinquième FIV.

Contre ces personnes très proches qui m’invitent à leur mariage dans 6 mois. La trentaine déjà entamée, un projet de bébé bientôt en route, peut-être même qu’elle se mariera enceinte ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura plein de couples avec enfants et certainement des femmes enceintes. Plein de personnes prêtes à célébrer la famille, les enfants, les projets, la vie. Alors que moi, je ne ressens que colère, rancœur et aigreur. Mon cœur est rempli de méchancetés. Après bientôt 6 ans de combat, j’en ai vu des mariages, des grossesses, des naissances. Certains ont eu le temps d’avoir 3 enfants pendant que je suis toujours à quai. C’est dur. Très dur. Et ça m’énerve. Ça m’énerve de me comparer aux autres, ça m’énerve d’être envieuse, ça m’énerve de ne plus pouvoir me réjouir pour les bonnes nouvelles sans arrière-pensée. Sans cette petite voix qui me poursuit : « mais toi, tu n’as pas d’enfant et tu n’en auras peut-être JAMAIS ». Oui, la petite voix appuie de plus en plus fort sur le JAMAIS. Je l’entends hurler parfois. JAMAIS JAMAIS JAMAIS.

Je ne dors plus beaucoup, j’ai trop de colère. Je pense à mes projets inachevés à cause de la PMA de merde, de l’endométriose de merde. L’infertilité et l’endométriose m’épuisent. Et j’ai toujours mal quelque part. Et ça m’énerve de me battre contre moi-même, de me mettre des coups de pied aux fesses. Mais à part faire mal – comme les claques reçues au fil des années en PMA – ça ne m’aide pas trop à avancer. Car je ne sais plus dans quelle direction aller.

Je n’arrive pas à terminer le livre « les verrous inconscients de la fécondité », il me paralyse. Il me culpabilise. C’est vrai, des fois je pense que je ne veux peut-être pas d’enfant inconsciemment. Et tous les exemples du livre relatent des histoires de vie qui me parlent. Et j’en veux à ma mère pour l’enfance et l’adolescence pourries que j’ai vécues. Et je suis en colère de me dire que ça me bloque peut-être… parce que pendant des années, je refusais l’idée-même d’avoir un enfant. Car j’étais persuadée de reproduire certaines choses. Car je ne voulais pas rendre mon enfant malheureux comme je l’ai été. Car j’avais peur de ne pas vouloir son bonheur tout simplement et de vouloir au contraire me venger. Me venger de cette mère que je déteste. J’ai beaucoup parlé de tout cela avec ma psychologue et si je parviens aujourd’hui à envisager un avenir sans répétition des horreurs erreurs de ma mère, je me sens incapable de lui pardonner. Et je ne parviens pas à digérer cette énorme partie de ma vie. Et je n’arrive pas à penser à ma mère sans colère.